« 120 battements par minute », plongée saisissante dans les années Act Up

120 battements par minute
Réalisé par Robin Campillo (2017)
Drame
Film français
Avec Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz et Adèle Haenel
★★★★☆

 

Affiche du film « 120 battements par minute » (2017) réalisé par Robin Campillo. Nahuel Pérez Biscayart © Celine Nieszawer

          Lauréat du Grand Prix du jury au Festival de Cannes en mai dernier, 120 battements par minute est le film sensation de cette rentrée. Percutant et politiquement engagé, le nouveau long métrage du réalisateur français Robin Campillo est une œuvre cinématographique nécessaire en ces temps toujours marqués par l’épidémie du sida.

          Depuis le 26 juin 1989, date de sa création, l’association française Act up milite en faveur des droits des homosexuels, des prostituées et des détenus : ceux en somme qui sont les plus vulnérables face à l’épidémie du sida qui frappe plusieurs générations. Apparue dès 1980, la maladie tue dans l’indifférence générale plusieurs milliers de malades chaque année (plus d’un million dans le monde). Le gouvernement Mitterrand, alors au pouvoir, n’engage aucune mesure pour l’amélioration des conditions de prise en charge des séropositifs et n’accélère en rien les recherches menées par les laboratoires pharmaceutiques. L’association Act up, constituée d’un groupe de militants activistes, multiplie les actions coups de poing dont les premières cibles sont les campagnes de prévention menées par l’Agence française de lutte contre le sida jugées insuffisantes et le laboratoire Melton-Pharm accusé de rétention d’informations. À coups de slogans assassins et de mises en scène aussi provocantes que symboliques, l’association fondée sur le modèle d’Act Up-New York souhaite plus que jamais faire bouger les choses, les mentalités et taire les préjugés qui gangrènent la société.

          Parmi les militants que dépeint le film, figure Sean (Nahuel Pérez Biscayart), un jeune homme très engagé dont le charisme séduit progressivement le réservé Nathan (Arnaud Valois), un nouveau venu dans le groupe qui assiste novice à ses premières réunions hebdomadaires. S’ensuivra une histoire d’amour tendre et passionnelle dont l’évolution sera montrée en parallèle à celle de la maladie dont est atteint Sean. Une histoire d’amour au cœur d’un combat collectif qui s’évertuera à exister envers et contre tout, malgré la menace de la maladie.

          Inspiré de faits réels, le long métrage se base sur l’expérience personnelle de Robin Campillo, activiste de la première heure. « Dès ma première réunion, j’ai été stupéfait par l’espèce de jubilation du groupe, alors que nous vivions les années les plus dures de l’épidémie. La parole était libérée. Les gays qui pendant les années 80 avaient subi l’épidémie, devenaient collectivement et publiquement les acteurs de la lutte », explique le réalisateur qui précise avoir rejoint Act Up en avril 1992, soit dix ans après l’apparition du sida. Plus qu’une auto-fiction, le film  se veut être à mi-chemin entre le documentaire et la fresque romanesque. Le long métrage dresse le contexte socio-politique dans lequel la jeunesse souhaitait mettre la société face à ses dénis. Afin de permettre aux spectateurs d’appréhender aux mieux les enjeux de l’époque, le film retrace les débats et les conférences qui rythmaient les réunions d’Act up. Une association composée d’individus aussi divers que singuliers dont les points de vue éclectiques permettaient d’éclairer d’un regard différent les actions menées par le mouvement. Car si le film permet d’émettre une vive critique politique de la société des années 1990, il autorise également à remettre en cause certaines actions parfois violentes menées par Act up dont certains membres eux-mêmes soulignaient la maladresse et l’inefficacité. 

120 battements par minute de Robin Campillo (© Céline Nieszawer)

          Pensée en collaboration avec Philippe Mangeot, un ancien membre d’Act Up, l’écriture du scénario fait la part belle aux personnalités authentiques et lumineuses. Des personnages hauts en couleurs portés sur grand écran par un casting de choix : Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz et Adèle Haenel. Quasiment inconnu du grand public, Nahuel Pérez Biscayart se révèle par toute la palette d’émotions qu’il est capable de mettre au service de son jeu d’acteur. Tour à tour dominateur dans ses prises de positions assumées en public et fragile dans l’intimité de la maladie, Sean interprété par Nahuel Pérez Biscayart brille de tout son éclat. Son regard plein de malice et de tendresse émeut et rend les scènes jouées, pleines d’authenticité.

          Connu pour ses précédents films Les Revenants (2004) et Eastern Boys (2014) lauréat du prix Orizzonti du meilleur film à la Mostra de Venise et nommé aux César en 2015 dans les catégories Meilleur film et Meilleur réalisateur, Robin Campillo revient cette année avec un film choc qui aura résolument fait grand bruit. Un long métrage indispensable pour mettre en lumière les années sida, une période marquée par la peur et l’omni-présence de la mort. Loin d’explorer des clichés faciles ou de plonger dans le pathos, Campillo excelle dans la manière de raconter des histoires du quotidien dont la simplicité apparente révèle une profondeur insoupçonnable. Auréolé de critiques dithyrambiques, 120 battements par minute n’a pas fini de faire parler de lui tant l’accueil de la presse spécialisée et du public est unanime. Véritable ode à la jeunesse, le long métrage touche toutes les générations par son optimisme et la force qu’il dégage, et permet au message qu’il véhicule un écho d’autant plus retentissant.

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