« À voix haute », un hymne à la jeunesse

À voix haute, la force de la parole
Réalisé par Stéphane de Freitas et Ladj Ly (2017)
Documentaire
★★★★☆

À voix haute

À voix haute, documentaire réalisé par Stéphane de Freitas et Ladj Ly © Mars Films

Après le succès populaire rencontré lors de sa diffusion sur France 2 en novembre 2016 dans le cadre de l’émission Infrarouge, le documentaire « À voix haute, la force de la parole » réalisé par Stéphane de Freitas et Ladj Ly est désormais diffusé pour notre plus grand plaisir au cinéma depuis le 12 avril grâce au distributeur Mars Films. Le documentaire suit le parcours d’une trentaine d’étudiants de l’université de Paris VIII – Saint-Denis qui se sont portés volontaires pour participer au concours annuel Eloquentia qui désigne chaque année « le meilleur orateur du 93 ». Encensé par la critique, le film est un cri d’espoir porté par une jeunesse de banlieue que l’on découvre empreinte de courage, de force et de détermination. Une jeunesse belle, lumineuse et fraternelle qui fait taire les préjugés et passe outre les on-dits. Un documentaire plus qu’essentiel en ces temps troublés où les amalgames et la peur de l’autre gangrènent notre société.

Quand tu parles, quand les gens t’écoutent, tu as l’impression que tu peux changer le monde.
Un étudiant de l’université Paris VIII participant au programme Eloquentia

          Inspiré des joutes oratoires et des plaidoiries maniées par les membres du barreau, le concours Eloquentia a été créé en 2013. Pour aider les participants à se préparer au concours, plusieurs enseignants (metteur en scène, avocat, chanteur et slameur) les guideront et les armeront de leurs conseils les plus précieux. Cours de slam, de rhétorique ou encore de présence scénique, tout y passe pour faire de la gestuelle, de la parole déclamée et des mots, une arme efficace et puissante. Au total, ce ne sera pas moins de quarante-quatre heures de formation qui leur seront prodiguées. À l’origine de cette incroyable initiative ? Stéphane de Freitas, également réalisateur du long métrage. Pour l’accompagner tout au long de l’aventure, il a fait appel à Bertrand Périer, avocat à la Cour de Cassation et professeur de rhétorique. Une personnalité attachante pour laquelle les étudiants se sont immédiatement pris de sympathie.

À voix haute © Mars Films

          Outre sa dimension pédagogique évidente, la beauté du message prôné et sa vitalité, le film révèle quelques têtes d’affiche, qui à coup sûr ne resteront pas bien longtemps inconnues du grand public. Parmi elles figurent Leïla Alaouf (étudiante en lettres modernes), Elhadj Touré (étudiant en sociologie) et le talentueux Eddy Moniot (étudiant en théâtre). Militant pour le féminisme, le développement durable ou l’égalité sociale, tous sont poussés par leur rage de réussite et leur volonté sans failles, souhaitant qu’une seule chose : apporter leur voix aux causes qu’ils défendent. Les réalisateurs Stéphane de Freitas et Ladj Ly ont porté un regard bienveillant sur ces jeunes au parcours si différent et parfois difficile. Toute la puissance du film réside en la sincérité et l’humanisme des portraits décrits. À la manière d’un documentaire sociétal, le film présente les sensibilités de chacun, leurs forces mais également leurs faiblesses, celles qui font d’eux des êtres d’exception que la vie n’a parfois pas aidés. Sans entrer dans le pathos, le film aborde des thématiques parfois délicates, comme celle de la précarité d’Elhadj qui l’a contraint pendant plusieurs années à vivre dans la rue. Mais les réalisateurs n’abordent pas ces sujets pour que l’on s’apitoie sur le sort de ces jeunes. C’est en réalité tout l’inverse. Le film les dessine comme autant d’éléments narratifs qui permettent aux spectateurs de comprendre la motivation et la force intérieure sans limites de ces étudiants prêts à tout pour gravir l’échelle sociale. « Eddy est un garçon incroyable. Plus on s’intéresse à lui et plus on prend la mesure des richesses qu’il possède en germes. Ce sont ces talents invisibles que je voulais mettre en lumière ; des jeunes à la fois normaux et exceptionnels. Le parcours d’Elhadj qui a continué ses études alors qu’il vivait dans la rue après l’incendie de son HLM est tout aussi extraordinaire », explique le réalisateur.

Hier on disait « Je suis Charlie » pour la liberté d’expression, aujourd’hui on pourra dire « Je suis Saint-Denis », déclare fièrement Bertrand Périer devant la foule qui l’acclame lors de la finale

À voix haute © Mars Films

        Bon « feel good movie » comme on l’aime à l’appeler, À voix haute est un film salvateur qui transporte par l’optimisme non feint du message qu’il porte. Car le documentaire se veut avant tout porteur d’espoirs et de valeurs telles que la fraternité, la solidarité ou encore l’égalité des chances. Fort de sa portée politico-sociale, le film est engagé pour défendre « le rapprochement des opposés ». « Oui, on peut avoir des regards différents sur la vie et réussir à se comprendre mutuellement ; on peut se parler », affirme Stéphane de Freitas, fervent défenseur du vivre ensemble. Artiste et réalisateur, Stéphane de Freitas est également le fondateur de « La Coopérative Indigo », une association militant pour les rapprochements sociaux, dépassant les préjugés de la provenance socio-professionnelle.

         Armée de cette parole forte et fière, cette nouvelle génération part à la conquête du monde. Leur monde, celui qu’elle a rêvé, imaginé et entraperçu de loin. Elle le goûte et se l’approprie car désormais elle n’a plus peur de lui faire face. Elle se sent plus que jamais confiante et sûre d’elle. Cette jeunesse de banlieue trop souvent méprisée et stigmatisée sort enfin de l’ombre et dévoile son visage rayonnant. Encadrés par les membres du jury (Leïla Bekhti, Kerry James, Edouard Baer), les étudiants se sont succédés les uns après les autres sur la scène de leur auditorium jusqu’à la finale, la dernière étape du concours. Le dernier tournant avant l’émancipation.

La Bande annonce