Albert Marquet au Musée d’art moderne de la ville de Paris

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Albert Marquet © Musée d’art moderne de la ville de Paris

          Jusqu’au 21 août 2016, le Musée d’art moderne de la ville de Paris vous propose de (re)découvrir la production picturale d’Albert Marquet, l’un des plus grands peintres paysagistes modernes du début du XXe siècle. Contemporain d’Henri Matisse et de Raoul Dufy, Albert Marquet (1875-1947) est célèbre pour l’intemporalité de ses paysages dont la modernité novatrice s’inscrit dans le sillon de la révolution artistique opérée à la fin du XIXe siècle par les peintres coloristes de sa génération.

Je n’ai pas d’autre moyen d’expression que la peinture et le dessin.
Albert Marquet

          Formé par l’artiste symboliste Gustave Moreau (1826-1898) à partir de 1892, Albert Marquet fut longtemps associé au courant fauve pour sa participation au Salon d’Automne de 1905. De ce mouvement avant-gardiste, il retiendra l’usage de la couleur pure et la simplification des formes pour la construction d’un style qui lui sera propre. Aux côtés d’Henri Manguin (1874-1949) et de Georges Rouault (1871-1958), l’artiste marque les débuts de la peinture moderne en faisant usage dès 1897 de la couleur pure précédant même Henri Matisse (1869-1954) dans sa démarche avant-gardiste.

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Albert Marquet, Nu fauve (1898)

          Ses premières toiles Nu fauve (1898) ou encore Nu à l’étagère (1898) oscillent entre le genre académique et le style fauve par l’étude du nu féminin en atelier et la fragmentation de la touche. Au fil des années, la couleur jaillit, lumineuse et plus présente que jamais, semblant devenir au tournant de la décennie 1890-1900, le sujet même du tableau. La vivacité et la liberté de la touche révèlent l’émergence d’une peinture moderne affranchie des normes académiques dont la puissance coloriste s’exprime à travers le jet libérateur du pinceau.

Marquet se sentait chez lui partout où il y avait de l’eau et des bateaux.
Marcelle Marquet, épouse de l’artiste

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Albert Marquet, Venise San Giogio Maggiore, 1936

          Natif de la région bordelaise, Marquet restera toute sa vie profondément marqué par la vue portuaire que lui offrit la ville. Fasciné par l’univers marin, l’artiste n’aura de cesse de reproduire sur ses toiles, le charme paisible des ports de plaisance, faisant de la mer le motif central de sa production. L’artiste délaisse les séances de pose en atelier pour les paysages et s’adonne à son passe-temps favori, l’observation de la nature environnante.

Revoir Paris
Et me retrouver chez moi
Seul sous la pluie
Parmi la foule des grands boulevards
Quelle joie inouïe
D’aller ainsi au hasard
Prendre un taxi qui va le long de la Seine
Paris
Mon Dieu, merci d’être ici*

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Albert Marquet, La Seine au pont Neuf, effet de brouillard, 1906

          Contemplatif du paysage urbain que lui offre Paris à partir de l’année 1890, Marquet trouve en le quotidien de ses contemporains une source d’inspiration inépuisable. A l’image des peintres impressionnistes, l’artiste souhaite capter l’éphémère et retranscrire sur la toile les variations incessantes des vues urbaines qui le fascinent tant. Peu à peu, la Seine et Paris deviennent les motifs récurrents de sa production, jusqu’à faire l’objet en 1908-1909 de séries picturales à la manière des cathédrales de Claude Monet. Marquet invente le sujet pictural moderne : le paysage urbain, partageant avec Gustave Caillebotte sa fascination pour la révolution industrielle et la vie parisienne du début du XXe siècle. Marquet adopte un regard photographique sur la foule urbaine qui l’entoure et capte du haut de sa chambre d’hôtel ou de son appartement les allers et venues incessants des parisiens pris dans le tourbillon de la ville. Les piétons, taches sombres et éparses incarnent sur la toile la modernité et semblent être les témoins privilégiés de l’urbanisation de la capitale.

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Albert Marquet, La Marne à la Varenne-Saint-Hilaire (1911)

          Les aquarelles de Marquet, La Marne à Varenne-Saint-Hilare (1913) et L’île aux cygnes (1919), dépeignent à partir de 1913 des paysages naturels dans lesquels l’homme, loin de l’agitation urbaine parisienne redécouvre l’âge d’or des temps premiers. S’employant à user de la couleur pure pour retranscrire le plus fidèlement possible les effets de la lumière sur la nature luxuriante, Marquet semble ici se rapprocher du courant impressionniste en peignant sur le motif et en privilégiant le caractère instinctif de sa démarche. Avide de découvertes, l’artiste effectuera de nombreux voyages et se rendra dès 1916 en Tunisie et en Algérie pour saisir la lumière et la sensibilité méditerranéennes que lui offrira cette terre d’exil.

        Si l’oeuvre de Marquet reste encore aujourd’hui quelque peu méconnue, elle n’en reste pas moins fascinante car elle se révèle être, aux côtés de la production de Pierre Bonnard, un témoin privilégié du tournant artistique opéré à l’extrême fin du XIXe siècle. Apparenté à tort ou à raison au courant fauve, Albert Marquet n’aura toutefois appartenu à aucun mouvement pictural précis. Les historiens de l’art s’accorderont à dire qu’il aura marqué de son pinceau le paysage avant-gardiste du début du XXe siècle par la fragmentation libératrice de la touche qu’il adopta et le paysage urbain qu’il choisit comme leitmotif pictural.

* Charles Trenet, Retour à Paris (Revoir Paris)

Au Musée d’art moderne de la ville de Paris
Jusqu’au 21 août 2016
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