Amadeo de Souza-Cardoso au Grand Palais

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Amadeo de Souza-Cardoso, © RMN – Grand Palais          

          Le Grand Palais consacre actuellement une rétrospective au peintre portugais Amadeo de Souza-Cardoso (1887 – 1918), la première depuis 1958. S’il est communément admis par les historiens de l’art que l’artiste joua un rôle majeur dans la conception de la peinture moderne, son oeuvre reste encore toutefois très largement méconnue en France et en Europe. Réhabiliter la figure de l’artiste, tel est donc tout l’enjeu de cette exposition qui tend à faire découvrir au plus grand nombre la production picturale d’un peintre qui marqua de sa présence le paysage avant-gardiste de la première moitié du XXe siècle.

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Amadeo de Souza-Cardoso, 1908

          D’origine portugaise, Amadeo de Souza-Cardoso est né en 1887 au sein d’une famille traditionaliste et bourgeoise. Très tôt, l’artiste présente un goût pour le dessin et la caricature et s’inscrit en 1905 à l’Académie royale des Beaux-Arts de Lisbonne où il reçoit un enseignement académique. A l’automne 1906, il se rend à Paris et dialogue avec les artistes de sa génération. Il débute sa carrière en 1908 en tant que caricaturiste et s’essaye à l’aquarelle et au dessin sur papier. Installé Boulevard du Montparnasse, le peintre fréquente régulièrement les milieux littéraires et culturels de son époque et fait la rencontre de bon nombre d’artistes tels que Brancusi (1876-1957) et Modigliani (1884-1920) dès l’année 1911. Il s’inspire alors des expérimentations menées par l’avant-garde parisienne et s’influence des recherches entamées par les courants artistiques de son temps tels que le Futurisme dont le manifeste paraît en français en 1909 dans le Figaro par Filippo Tommaso Marinetti.

          Réalisées dès la première décennie du XXe siècle, les premières toiles de l’artiste combinent la figuration à l’abstraction géométrique. Les formes s’emboîtent et donnent à voir des oeuvres complexes où les aplats colorés dominent et le cerne, plus que jamais présent, entoure de son trait les motifs. Peu à peu, le foisonnement prôné par l’artiste annonce la recherche de mouvement qui se trouvera au coeur même de sa production durant les années 1910-1915. Ses créations sont pour la première fois présentées à un public amateur le 5 mars 1911 à l’occasion d’une exposition organisée au sein de son atelier à laquelle sont présents Picasso (1881-1973) et Max Jacob (1876-1944). L’artiste participera la même année au 27e salon des Indépendants qui le fera connaître aux côtés des peintres cubistes.

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Amadeo de Souza-Cardoso, Le saut du lapin (1911)

          Le saut du lapin (1911) est l’une des toiles les plus représentatives de la production d’Amadeo, elle illustre les recherches plastiques menées par l’artiste en terme d’espace et de figuration. Tout indique l’absence de perspective recherchée par le peintre. L’animal semble voler au dessus d’un lac dont la masse colorée occupe le premier plan de la toile. Le mouvement de l’animal contraste de manière nette avec l’apparente immobilité du paysage, rien ne semble bouger hormis le lapin qui enjambe d’un bond la végétation aquatique. L’aspect quelque peu naïf du dessin fait référence aux arts du passé et notamment à la production picturale médiévale dont la représentation spatiale n’est pas encore aboutie. Le saut du lapin sera présenté en 1913 aux Etats-Unis à l’Armory Show où l’artiste se fera remarquer par son univers singulier et personnel.

 

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Amadeo de Souza-Cardoso, 1913

          Les paysages de Cardoso rappellent ceux de Cézanne (1839-1906) dont la production lui est contemporaine. La couleur, vive et dynamique structure la toile et fait apparaître les différents plans de perspective. De Cézanne, l’artiste reprend la construction en relief, la géométrisation des formes et l’importance conférée à la nature. L’artiste rencontrera par la suite en 1911 le couple Delaunay dont l’appartenance à l’Orphisme (courant pictural des années 1910-1912 apparenté à l’abstractionisme) l’inspirera immédiatement et l’orientera vers une « peinture pure ».

          Le style d’Amadeo, inclassable et avant-gardiste se situe au carrefour de la figuration narrative et de l’abstraction géométrique. L’artiste crée des oeuvres d’art totales où formes et couleurs se jouxtent pour créer un effet visuel riche. Son ami et poète Fernando Pessoa dira de lui qu’il fut « le plus célèbre peintre portugais d’avant-garde ». Ses oeuvres inspirent ses contemporains tels que Modigliani et Brancusi. Une influence que l’on retrouve à travers quelques sculptures de ce dernier nommées « La Sorcière » et « Princesse X » qui présentent une simplification des motifs et du dessin, directement héritée d’Amadeo.

Je ne fais partie d’aucune école. Les écoles sont mortes. Nous, la nouvelle génération, il n’y a que l’originalité qui nous intéresse. Impressionniste, cubiste, futuriste, abstractionniste ? Un peu de tout. Mais rien de tout cela ne constitue une école. 1916, Entretien pour le journal O dia.

          Tour à tour expressionniste, cubiste et abstrait, Amadeo n’aura en réalité appartenu à aucun courant pictural précis, faisant de son art le seul manifeste de sa création. L’artiste fait de son style unique et singulier sa marque de fabrique. Le peintre ne veut appartenir à aucun courant. Il revendique la singularité et l’originalité de son art et ne souhaite caractériser celui-ci d’aucune manière. Sa création est un pont original entre tradition et modernité. Toute sa vie, l’artiste sera en effet partagé entre la modernité de la capitale et les traditions picturales de Manhufe, le village portugais dont il est originaire et où il s’installera définitivement en 1914.

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Amadeo de Souza-Cardoso, 1917

          Révélé sur le tard durant les années 1950 au Portugal, Amadeo de Souza-Cardoso est un artiste dont la production fut en grande partie oubliée de l’Histoire de l’art en raison de plusieurs facteurs historiques. Le régime totalitaire que fut le Portugal durant la première moitié du XXe siècle empêcha l’artiste de jouir d’une plus grande renommée par l’absence de politique culturelle prônée alors à cette époque. C’est l’une des raisons avancées par Helena de Freitas, commissaire de l’exposition qui explique ainsi l’engouement suscité par la redécouverte de la production de l’artiste. Si Amadeo est actuellement reconnu comme étant l’une des figures incontournables de la scène avant-gardiste, c’est en grande partie pour son style novateur qui le situe comme le précurseur du courant dada et du pop art par l’utilisation de collages et d’objets issus du quotidien qu’il entama durant les dernières années de sa vie. L’artiste finira par décéder de la grippe espagnole en 1918 laissant derrière lui une oeuvre immense, qui aujourd’hui encore, continue d’inspirer bon nombre d’artistes.

Amadeo de Souza-Cardoso
Au Grand Palais du 20 avril au 18 juillet 2016
Ouverture : tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 20h,
Nocturne le mercredi jusqu’à 22h

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