Anne Roumanoff « Aimons-nous les autres. Et plus encore… »

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          Depuis le 26 juillet dernier, Anne Roumanoff revient sur les planches de l’Alhambra avec le spectacle « Aimons-nous les uns les autres. Et plus encore… », son one-woman-show qu’elle revisite pour cent nouvelles représentations. L’humoriste, que nous ne connaissions qu’à travers quelques sketchs sur internet, nous est apparue dans toute la maturité de son âge, par le biais d’une multitude de personnages tous aussi comiques les uns que les autres. Tout au long de son spectacle, elle alterne avec brio des sujets légers (la sexualité débridée des femmes quinquagénaires) et des faits d’actualité (les récents attentats, le Brexit ou encore le 49-3), passant d’une fausse légèreté à une profonde réflexion. 

          C’est avec son éternelle joie de vivre communicative qu’Anne Roumanoff offre à ses spectateurs une palette de personnages hauts en couleurs. Captivante, l’humoriste accentue les traits et s’amuse des clichés que l’on aime détester. Une touriste à Paris cherchant désespérément à interpeller le garçon de café dans la plus grande des indifférences, une professeure de bien-être au fort accent québécois aspirant à la zenitude, une productrice de télé-réalité déjantée à l’humour douteux prête à tout pour l’audience ou encore une coiffeuse campagnarde fraîchement élue au FN tombée amoureuse d’un Tunisien…

          Mais le rôle dans lequel la comique se glisse le mieux est sans doute le sien ou du moins celui d’une femme de sa génération. Anne Roumanoff parle comme personne de la cinquantaine, de la relation de mère qui se tisse différemment avec ses enfants, du temps qui passe… Mais aussi en tant que femme de la difficulté de poursuivre une vie amoureuse après un divorce ou encore de la routine d’un couple après des années de vécu. Elle aborde ainsi tous les sujets sans tabou : des rencontres sur internet, du désir et de la sexualité… nous donnant presque l’impression qu’à cinquante ans, la vie ne fait que commencer ! (petits bonheurs et galères compris).

          En plus de son franc parlé osé et communicatif, la comique s’appuie sur une scénographie souvent participative mettant en avant les spectateurs à rude épreuve, pour le plus grand plaisir de tous : bras levés, chants récités – bon gré mal gré – à l’unisson et spectateurs conviés sur la scène. L’humoriste a le talent de faire rire avec peu d’accessoires (une table, des lunettes de soleil, une perruque blonde mal positionnée…). Ce spectacle dynamique aux allures de stand up multiplie pourtant les références et renforce son discours : Anne Roumanoff présente un one-woman-show parfaitement ficelé, ne laissant peu ou pas la place à l’improvisation. On y trouve son intérêt pour les jeux de mots qui sonnent justes et forts, à l’égard d’un Raymond Devos, qu’elle cite au début de sa représentation. Un spectacle sous le siège d’un humour léger mais lourd de sens.

          Le racisme, la loi travail ou encore la déchéance de la nationalité, Anne Roumanoff aborde de nombreux thèmes dont la portée politique est clairement assumée. C’est avec un humour décomplexé que l’humoriste partage avec nous les réflexions qu’elle mène à titre personnel sur la société. Le regard qu’elle porte sur celle-ci est critique et parfois acerbe, mais souvent juste et bien pensé. Voilà peut-être tout l’enjeu de l’humoriste : démocratiser les débats politiques et sociétaux en en faisant des sujets de conversation accessibles et sans tabou tout en nous faisant rire. Anne Roumanoff assume le rôle qu’elle s’est elle-même adressé, celui de porte-parole d’une société en crise dont l’avenir incertain effraie plus d’un citoyen. L’humoriste ne se cache pas du caractère volontairement engagé de son spectacle car elle a conscience de la valeur et de la portée de ses paroles.

Malgré ce contexte angoissant, profitons de l’instant présent car celui qui pour l’avenir se fait trop de soucis ne profite pas pleinement des beautés de la vie.
Anne Roumanoff

          Durant l’heure et demi de spectacle, chacun en prend pour son grade : l’humoriste lance des piques aux jeunes et moins jeunes, vise l’éducation nationale, l’Eglise catholique et les réformes ministérielles. En attaquant à droite comme à gauche, sans prendre réellement parti, l’humoriste invite le spectateur à mener une réflexion qui lui est propre. Si son public est essentiellement composé de femmes quadragénaires, son spectacle se veut toutefois multi-générationel et propose aux spectateurs une panoplie de personnages dans laquelle ils reconnaîtront un parent proche, une amie ou encore un voisin. Son allure de bonne copine lui permet de toucher un public large et de faire échos aux préoccupations d’une jeune adulte en devenir, d’un couple en crise ou encore d’une quinquagénaire esseulée. Anne Roumanoff cherche querelle à tout le monde, mais sans gratuité : plaire et instruire, voilà comment pourrait être résumé le spectacle. A la manière de Jean de la Fontaine, l’humoriste utilise pour clôturer son spectacle le genre littéraire de la fable pour véhiculer à ses spectateurs un message sur la scène politique actuelle. Transformés en bestiaire, les politiciens ne nous font alors rire que plus fort et jaune. A plus de 30 ans de carrière, l’humoriste nous bluffe ainsi par la qualité d’écriture de son spectacle et sa réactivité à l’actualité brûlante qui fait aujourd’hui de manière incontestable sa marque de fabrique. Elle sera à retrouver dès la fin du mois d’août à la radio sur Europe 1 au sein de sa nouvelle émission « Ca pique mais c’est bon » (qui alliera humour et actualité politique) et également à la télévision comme à son habitude chez Drucker !

Pour plus d’informations

 

Un article de Félicie Reby, Mathilde Galinou et Chirine Hammouch
En partenariat avec l’agence Rise Up

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