« Après la tempête », un mélodrame tendre et intimiste

Après la tempête
Réalisé par Kore-Eda Hirokazu (2016)
Drame
Film japonais
Avec Hiroshi Abe, Kirin Kiki, Yôko Maki
★★★★★

Après la tempête (2016), réalisé par Kore-Eda © Le Pacte

Après la tempête (2016), réalisé par Kore-eda © Le Pacte

Présenté en 2016 au Festival de Cannes (dans la section Un certain regard), Après la tempête est la nouvelle œuvre cinématographique du réalisateur japonais Kore-Eda Hirokazu, mondialement connu pour ses films Still Walking (2008), I wish (2011) et Tel père, tel fils (2013). Après la tempête est un film intimiste, tendre et profondément poétique. Il relate l’histoire d’une famille désunie après le divorce de Ryota et de Kyoko, deux parents qui élèvent séparément leur enfant Shingo.

Ryota a recours à la bravade, agit comme un dur, mais il est en réalité fragile. Rota poursuit interminablement son rêve et je pense avoir réussi à montrer sa dépendance aux autres comme une sorte d’humanité.
Kore-Eda Hirozaku

          Détective privé à défaut de pouvoir être romancier, Ryota (Hiroshi Abe) est fauché comme les blés. Criblé de dettes, le jeune homme est addict aux jeux d’argent et multiplie ses emprunts auprès de son entourage. Après avoir divorcé de son épouse Kyoko (Yōko Maki), Ryota doit réapprendre à endosser son rôle de père auprès de son fils Shingo âgé de 11 ans, celui qu’il a pendant longtemps laissé de côté. Honteux d’être incapable de payer la pension alimentaire que lui réclame son ex-femme, Ryota tente de regagner la confiance des siens en promettant de se sortir de l’impasse financière dans laquelle il est plongé depuis plusieurs années. Loin de convaincre, Ryota séduit toutefois par sa nonchalance et sa tendresse. Un homme doux, affectueux et attachant qui charme malgré sa maladresse. « Tout le monde ne peut pas devenir celui qu’il voulait être », explique timidement Ryota à sa mère Yoshiko (Kirin Kiki) qui le questionne sur la vie qu’il mène. Une vie faite de désillusions et de précarité. Entouré de cet amour maternel et de celui que lui portent malgré tout son ex-épouse et son fils, Ryota tentera de vaincre ses vieux démons et de retrouver la dignité qui lui manquait jusqu’alors. Il essaiera, à l’occasion d’une nuit passée au sein de l’appartement de sa mère en compagnie de Kyoko et Shingo, contraints de rester dormir chez elle en raison d’un typhon, de reconquérir sa famille à coup de promesses. Durant la nuit qu’elle passe ensemble, la famille désunie semblera progressivement séduite et avoir retrouvé l’espace d’un instant son harmonie et sa complicité naturelles.

Après la tempête (2016), réalisé par Kore-eda © Le Pacte

          Choisis avec finesse et intelligence par le réalisateur, les acteurs Hiroshi Abe, Yōko Maki et Kirin Kiki épatent par la qualité de leur jeu et l’émotion qu’ils livrent à l’interprétation de leurs personnages. Des protagonistes filmés avec douceur et bienveillance qui explorent la thématique de l’absence, de l’abandon et de la mélancolie. Après la tempête jette un regard intime sur une famille issue de la classe moyenne japonaise pour dévoiler au spectateur le ciment des relations familiales. Prenant pour décor une cité HLM japonaise dans laquelle il grandit de 9 à 28 ans, Kore-Eda Hirokazu a souhaité rendre tangibles la nostalgie et l’isolement des personnages en échos au délabrement progressif de leur habitat. Des êtres au passé dévolu et dont les espoirs déchus marquent inexorablement leur quotidien. En quête d’un avenir meilleur, Ryota et sa mère retraitée rêvent d’un ailleurs situé loin de leur humble demeure. Un sujet sous-jacent à la thématique principale du film qui est l’amour maternel, filial et conjugal.

          Né en 1962 à Tokyo, Kore-Eda Hirokazu est un cinéaste japonais multi-récompensé. Ses films familiaux à l’instar de Tel père, tel fils (2013) ont fini d’assoir sa légitimité dans le paysage du cinéma international. Peintre de la vie quotidienne, le réalisateur signe avec Après la tempête, un film délicat à l’esthétique soignée dans lequel la poésie et la pureté des émotions se combinent pour donner à voir des portraits sensibles et authentiques. Léger sans être mielleux, profond sans être complexe, le long métrage réussit à nous plonger dans une histoire voulue en partie autobiographique.

La Bande annonce