Cessez-le-feu (2016), portrait des rescapés de la Première Guerre mondiale

Cessez-le-feu
Réalisé par Emmanuel Courcol (2016)
Drame
★★☆☆☆

Cessez-le-feu réalisé par Emmanuel Courcol (2016) © Le Pacte

Le réalisateur français Emmanuel Courcol signe avec Cessez-le-feu son premier long métrage. Un film qui dresse le portrait de Georges Laffont (Romain Duris), un Poilu revenu du front et qui doit faire face à la terreur de la guerre qui le ronge encore malgré des années d’exil. Aux côtés de son frère Marcel (Grégory Gadebois) devenu muet après s’être lui aussi engagé et Hélène (Céline Sallette) qui l’aide dans son apprentissage de la langue des signes, Georges essaiera de reprendre goût à la vie, partagé entre sa terre natale, la France et sa terre d’exil, l’Afrique, qu’il a côtoyée pendant près de quatre ans. Un long métrage ambitieux qui annonce prometteuse la carrière du réalisateur et scénariste Emmanuel Courcol.

          Cessez-le-feu est un film sur la guerre, ou plus exactement sur l’après-guerre, cette période complexe et difficile que vivent les anciens combattants une fois revenus au sein de leur foyer. Georges est l’un d’entre eux. Après avoir servi son pays comme il le pût en tant que soldat, le voici de retour en France, parmi les siens. Mais Georges ne peut vivre dans cette ambiance faussement joyeuse de l’entre-deux-guerres. Une ambiance teintée de joies éphémères, de soirées alcoolisées et de bals dansants. Une vie sociale que n’est pas prêt à revivre Georges, emmuré dans ses souffrances et ses souvenirs. Plongé dans cette France des Années Folles qu’il ne reconnait pas, il ne comprend pas que l’on puisse fêter avec insouciance et naïveté la fin de la guerre. Homme solitaire et réservé, Georges refuse toute chaleur humaine et préfère s’exiler dans l’Afrique coloniale des années 1920. Il y découvre un pays aux traditions ancestrales, un peuple authentique et des coutumes locales. Un moyen pour Georges de prendre du recul par rapport à la société occidentale et se retrouver en marge du système.

Toutes ces femmes qui attendaient le retour de leur mari de leur fils ou leur frère ont vu rentrer d’autres hommes. Ces derniers ne voulaient pas parler de leur guerre ou quand ils le faisaient, c’était avec une soudaine violence.
Emmanuel Courcol. 

Romain Duris dans Cessez-le-feu (2016) réalisé par Emmanuel Courcol © Le Pacte

          Loin de la France, Georges doit faire face à ses troubles intérieurs, des séquelles psychologiques dont souffre également son frère Marcel, qu’il redécouvre après quatre ans passés en Afrique. C’est un homme plongé dans son mutisme depuis qu’il est parti au combat qu’il retrouve. Devenu sourd et muet, Marcel ne parle plus et tente de communiquer grâce à la langue des signes qu’Hélène lui apprend. Face à son silence, Georges est pris de colère. Pourquoi Marcel ne parle-t-il pas ? Que cache-t-il ? Buté, Georges s’en prendra de manière farouche à ce frère sensible emmuré dans sa solitude. Le film relate l’histoire d’une fratrie meurtrie et blessée par la violence de la guerre. Composée de trois frères : l’un disparu au front, l’autre en fuite en Afrique (Georges) et le dernier traumatisé (Marcel), cette famille du début du XXe siècle témoigne du choc psychologique à la fois tortueux et complexe que subirent bon nombre de Français. Le film rend d’ailleurs compte de manière sensible l’arrivée plus que contestable que l’on fait aux « revenants », à ces hommes revenus du front que l’on ne considère plus dans la société. Car ils rappellent de manière bien trop vive l’horreur que l’on veut oublier au plus vite. C’est exactement ce à quoi doit faire face Georges, lorsqu’invité à une soirée dansante, il est pris à parti par un jeune soldat, qui n’a visiblement aucune idée de ce qu’est la guerre et qui, se moque de lui délibérément, le prenant pour un vieux combattant déjà dépassé.

          Cessez-le-feu est un film sur les émotions silencieuses, sur les horreurs de la guerre que l’on peine à décrire et sur le rapport à l’humain rendu parfois difficile. Malgré ses qualités indéniables, le film ne parvient pas à convaincre. La narration semble trop écrite, l’intrigue pas assez palpitante et la psychologie des personnages pas assez approfondie. Le film se perd par toutes les histoires qu’il souhaite narrer : la solitude de Georges, le mutisme de Marcel, la relation qu’entretient Georges avec Hélène, puis celle de Marcel et Madeleine, sa fiancée ou encore l’Afrique coloniale. Nous retiendrons toutefois l’incroyable puissance du jeu d’acteur de Romain Duris qui incarne avec rage et force le rôle de Georges, ainsi que l’extrême sensibilité de Grégory Gadebois qui brille à l’écran par son interprétation de Marcel. Inspiré de sa propre histoire familiale, Emmanuel Courcol réalise avec Cessez-le-feu, un premier long métrage beau, touchant et humain, mêlant historique et romanesque pour livrer un portrait sensible des rescapés de la Première Guerre mondiale.

La Bande annonce