Childless Free

 

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© Times Behind the Cover: The Childfree Life by Randal Ford

          C’est un sujet auquel on ne pense pas. Ou auquel on ne nous pousse pas à penser. Dès notre plus tendre enfance, la plupart d’entre nous – surtout les filles – a été conditionnée au « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Un modèle de conte de fées, rarement remis en question. Jusqu’à aujourd’hui. Face à la sempiternelle question « Et toi alors ? Quand est-ce que tu nous fait un petit ? » à laquelle toute hétérosexuelle trentenaire en couple depuis longtemps est inévitablement confrontée (subissant au passage les limites de l’égalité hommes/femmes dans une époque pourtant mutée, un cocktail hasardeux de manque de tact et d’intrusion décomplexée dans la sphère privée), la réponse reste bien souvent balbutiée. Sommes-nous prêts à entendre la vérité ? Que l’instinct maternel n’est pas universel ? La presse semble, dès le début de l’année 2014, s’y être attelée. Lever un tabou et démocratiser cette idée semble avoir été une « révélation » des pages Société. C’est en relevant cette occurrence inhabituelle que nous sommes en position de nous demander : « pourquoi ? », « pourquoi maintenant ? », « ce phénomène est-il nouveau ? » Toutes ces femmes témoignant d’une absence de désir d’enfant nous questionnent sur l’aspect générationnel, culturel, voire les deux peut-être, de ce nouveau schéma de vie.

Peu importe votre âge, votre parcours ou même votre situation, l’idée qu’une femme puisse déroger à l’idée dominante de l’instinct maternel vous met mal-à-l’aise.

« Je ne désire pas être mère. »

Cette phrase vous dérange, n’est-ce pas ?
Peu importe votre âge, votre parcours ou même votre situation, l’idée qu’une femme puisse déroger à l’idée dominante de l’instinct maternel vous met mal-à-l’aise. Car les 4,3% des Françaises ayant déclaré à l’INED (l’Institut National d’Etudes Démographiques) ne pas souhaiter avoir d’enfant restent encore une minorité. Confidentielles. Taboues.  Les 6,3% des hommes ressentant ce même « non-besoin » ne font pas l’objet des articles dont il est question ici. L’homme pouvant théoriquement procréer jusqu’au stade du déambulateur, celui qui vit sans se soucier d’une descendance est perçu comme un épicurien, quelqu’un d’attaché à sa liberté, croquant la vie à pleines dents. Difficile de répondre à cette question intrusive et que l’on pose sans mettre de gants stériles lorsque l’on est une femme. Difficile, lorsque la santé ou la Nature mettent des obstacles à cette réalisation. Difficile aussi, certainement, d’admettre que l’on ne ressent pas ce besoin. Vivre pour soi mais sous le regard des autres et leur jugement tacite. Objectivement, les raisons de renoncer à donner la vie s’amoncèlent : perte de liberté, pessimisme concernant l’évolution de la société (notamment lorsque des individus d’influence tentent de faire reculer la marche vers l’Égalité, cf. Eric Zemmour et ses propos anachroniques sur la place de la femme et la féminisation de la société.), puis l’angle écologique… nombreuses sont les raisons qui pousseraient d’avantage à s’interroger sur le « Pourquoi vouloir avoir des enfants ? » plutôt que « Pourquoi ne pas en vouloir ? ». Finalement, le bon terme ne serait-il pas plutôt « donner SA vie » ? Sacrifier ses loisirs, sa carrière, son corps pour enfanter un être dans un monde dur, déjà surpeuplé et pollué… Ou encore ne pas se sentir prêt, trentenaire issue d’une génération « adulescente », épicurienne, à l’emploi du temps déjà très chargé.

Regretter d’être mère, parfois toute sa vie, est une réalité qui ternit l’image idyllique de la famille et de la relation mère – enfant.

« Je regrette d’être mère »

Encore plus tabou, le témoignage aux allures de pavé dans la mare d’une comédienne telle qu’Anémone, qui avoue s’être « fait un enfant dans le dos ». Regretter d’être mère, parfois toute sa vie, est également une réalité qui ternit l’image idyllique de la famille et de la relation mère-enfant. Restée confinée entre les quatre murs des cabinets de psys, la confidence éclate au grand jour, éclaboussant les idéaux et ouvrant la voie vers d’autres possibles non-dits… Alors, pourquoi mettre soudainement en lumière ces femmes qui assument leur décision, depuis quelques mois ? Est-ce un élan de féminisme ? Une revendication politique ? Une… manipulation ? La liberté. Celle que la Femme touche du doigt depuis qu’on lui a permis de porter un pantalon, de voter, de travailler. Une émancipation où la recherche du plaisir passe par l’autonomie, qu’elle soit vitale, financière ou sexuelle. Ne plus être fille de, puis femme de, puis mère de. Etre soi et se connaître en tant que telle. Un corps qui ne serait plus seulement soumis à un cycle mais que l’on assume en tant qu’outil de plaisir et de jouissance. Etre « je » avant le « nous » en évitant le plus possible d’être sous l’emprise du « eux ». Libéré des chaînes d’une pensée morale conservatrice, il est question de sexe avant d’énoncer le mot « famille ».

Aussi ouvert d’esprit soit-on, le sujet n’est pas aisé à aborder. Si l’on se penche sur la sémantique secrète de cette effrayante question « Et toi alors, quand est-ce que tu nous fais un petit ? », on s’aperçoit qu’il est possible que ce « nous » désigne une société tissant sa toile pour perdurer. Faire un enfant, non pas pour soi ni même pour lui, mais pour ne pas s’éteindre. Le déni de ces ventres volontairement vides réside peut-être dans la peur de les voir définitivement s’assécher… Alors que les schémas sociaux tendaient à enfermer les individus dans des standards, catégorisant et enfermant chacun d’entre eux dans des boîtes avec une étiquette précisant leur « qualité » (hétéro, homo, célibataire, chômeur…), il semble souffler un vent de « Soyez qui vous voulez » sur notre ère. S’assumer, assumer ses choix et ses décisions, s’amuser… voici les premiers pas vers le bonheur. Etre heureux. Car c’est là que se trouve la motivation primaire.

Reportage réalisé par La Nouvelle Edition, Canal +

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