La consolation (2017), une ode à la mélancolie bucolique

La Consolation
Réalisé par Cyril Mennegun (2017)
Drame
★★★★☆

La Consolation (2017), le troisième film de Cyril Mennegun © UniFrance

Poétique et mélancolique, La Consolation, le dernier long-métrage du réalisateur français Cyril Mennegun est notre révélation cinématographique du moment. Après Louise Wimmer (2012), le scénariste revient sur le devant de la scène avec un film aux antipodes de son premier succès, misant cette fois-ci sur un film intimiste où les silences et les non-dits occupent une place de premier plan. Un parti pris osé qui divise la critique, partagée entre acclamation et détestation. Le récit tout en délicatesse que fait Cyril Mennegun du deuil, fait de son film une œuvre authentique, belle et touchante, sublimée par les mélodies teintées de douceur de Schubert, Liszt ou encore Bach.

          « C’est décidé, Daniel part retrouver cette femme et le territoire perdu de son enfance pour y chercher la vérité et, qui sait, une consolation ». En une phrase, le synopsis révèle toute l’essence même du film. Parti à la recherche de sa mère biologique Madeleine (Patricia Pekmezian), Daniel (Alexandre Guansé), un jeune pianiste parisien se rend à la campagne sur les traces de son enfance. Il redécouvrira la maison qui l’avait accueilli enfant, un monde où songe et réalité se mêlent en un dialogue silencieux. Daniel y fait la connaissance de Françoise (Corinne Masiero), la compagne de sa mère. Elle l’accompagnera dans le chemin difficile du deuil et l’aidera à se souvenir de cette mère qu’il n’a jamais connue. Les souvenirs enfouis de Daniel rejailliront alors au sein des pièces boisées de la maison où la mélancolie et la tendresse maternelles le bercent telles une caresse. Répondant aux silences et au mutisme des protagonistes, les mélodies mélancoliques de Liszt, Schubert et Schumann qu’interprète Daniel font échos au chagrin, à la tristesse et à la solitude qu’ils éprouvent.

La parole n’est pas ce qu’il y a de plus beau à voir ni à entendre d’un être humain.
Cyril Mennegun

la consolation

Corinne Masiero à l’affiche de La Consolation (2017) © Marie-Clémence David / UniFrance

          Très épurée, la narration n’accepte aucun détail superflu, elle fait de l’indicible, des silences et des murmures les principaux atouts du film. Les longs plans séquences, les vues de la nature filmées par des cadrages très larges captent des instantanés, des moments de vérité et d’émotions. La parole n’y a pas sa place. Les dialogues muets n’ont en effet pas besoin de mots pour se faire comprendre. Seul le regard et les visages expriment la douleur qui les submergent. « Dans le film, j’avais le désir d’épurer l’histoire, les plans et la parole pour les remplir de la présence des comédiens », explique le réalisateur. D’une lenteur savoureuse, le film immerge le spectateur dans son atmosphère mélancolique où les souvenirs affluent au fil des pensées de Daniel. Ses souvenirs sont les images d’une enfance dont il ne se souvient peu ou presque plus. Au sein d’une ancienne cabane de bois située dans le jardin de la demeure maternelle, il retrouve un piano de bois avec lequel il s’amusait enfant, ainsi que plusieurs de ses dessins, les seules traces de moments passés en compagnie de sa mère avant qu’elle ne décide de l’abandonner à l’âge de quatre ans. Surgit alors un flot de sensations intimes que Daniel ne pensait ou n’espérait pas éprouver. À la fois heureux et triste de retrouver ces bribes de vie, il tombe dans les bras de Françoise, effondré sous le poids de l’émotion.

          « Je tenais à réduire le plus possible les fils narratifs pour ne pas enfermer le film dans un scénario plein de bouleversements souvent artificiels et anecdotiques. Deux personnages, deux êtres vivants, c’est l’origine de chaque chose », explique Cyril Mennegun. Libérer le film de toute superficialité, tel est le parti pris du réalisateur qui accorde à chaque scène une importance toute particulière. Encadrés par une nature bruissante et luxuriante, les personnages évoluent dans un cadre bucolique estival. Le vent, les feuilles des arbres et le ciel bleu d’un après-midi d’été sont les prétextes pour des plans sublimés par la magie naturelle de la lumière. C’est au sein de cette nature apprivoisée que Daniel et Françoise s’étreignent et s’abandonnent l’un à l’autre, laissant palpable leur souffrance. La végétation des alentours les accompagne et les console tendrement. Les personnages se laissent bercer par le souffle des arbres et le bruit discret du feuillage. Une nature et un goût de l’intime qui ne sont pas sans rappeler les peintures des maîtres hollandais du XVIIe siècle pour lesquels une lumière dorée inondait les vues paysagères et magnifiait la vue représentée.

Dans La Consolation, j’explore un monde fait de temps, d’atmosphère, de lumière. Avec une forte présence de la nature et un Paris solitaire, réduit à peu de choses. J’avais envie de beauté, de cadres, d’images fixes, de précision, d’attention au moindre détail…
Cyril Mennegun

          Réalisé en seulement dix-neuf jours et avec un budget très restreint, La Consolation aura été un film produit « avec peu d’argent et de temps », comme le confesse le réalisateur. Mais qu’importe, le résultat artistique et magistral, éblouit le spectateur par sa capacité à rendre palpables les émotions les plus intimes et à rendre tangibles la douleur et la souffrance causées par le deuil. Le long métrage épate par son économie de détails et la puissance des scènes où étreintes et pleurs se combinent pour livrer des images à la poésie profonde. Avec La Consolation, Cyril Mennegun nous permet de retrouver Corinne Masiero dans un tout nouveau registre qui semble lui aller à la perfection et découvrir par la même occasion Alexandre Guansé, un jeune acteur prometteur que nous retrouverons à coup sûr sur grand écran très prochainement.

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