D’après une histoire vraie, la décevante adaptation de Roman Polanski

D’après une histoire vraie
Réalisé par Roman Polanski (2017)
Drame
Film français
Avec Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez
★★☆☆☆

Présenté Hors Compétition au Festival de Cannes en mai dernier, D’après une histoire vraie était sans conteste le film que l’on attendait en ce début d’automne. Librement adapté du best-seller de l’écrivain à succès Delphine de Vigan (D’après une histoire vraie, 2015), le nouveau film du réalisateur franco-polonais Roman Polanski s’avère être en réalité une amère déception tant par le scénario que par la mise en scène artificielle. Porté par un casting de choix (Emmanuelle Seigner, Eva Green et Vincent Perez campent les rôles principaux), le long-métrage avait néanmoins tout pour séduire la critique et le public. Décryptage.

Eva Green et Emmanuelle Seigner, D’après une histoire vraie, Roman Polanski © Unifrance, 2017

           Après l’engouement suscité par son premier roman autobiographique, Delphine Dayrieux (Emmanuelle Seigner) se heurte à ses angoisses les plus intimes, et ne peut assumer ses responsabilités d’écrivain. En proie à de violents troubles d’anxiété liés au syndrome de la page blanche, elle doit faire face à la demande pressante de son public qui attend avec impatience la sortie de son prochain livre. C’est à cette période de sa vie, que l’auteur rencontre à l’occasion d’une séance de dédicace, « Elle » (Eva Green), une admiratrice aussi fascinante qu’intrigante. Au fil des jours, et sans que Delphine ne daigne s’en inquiéter, « Elle » prend progressivement place au sein de sa vie, jusqu’à prendre son identité, son quotidien et surtout son projet littéraire, celui qui l’obsède tant. S’ensuivront querelles de jalousie, crises de paranoïa et rivalité féminine que Delphine n’aura jamais souhaitées ou du moins préméditées. Jusqu’où sera prête à aller « Elle » pour mener Delphine au bout de la quête qu’elle lui impose ?

          Alors que le roman de Delphine de Vigan s’était avéré brillant par l’intrigue qui situait l’ouvrage au carrefour du thriller psychologique et de l’auto-fiction, le film de Roman Polanski s’illustre malgré lui par son incapacité cinématographique à relater la puissance de l’œuvre littéraire, tant celle-ci était profonde et complexe. Fasciné par les thématiques relatées dans le livre, le réalisateur explique avoir « tout de suite été intrigué par la confrontation des deux héroïnes (…) ». « C’était surtout le thème de l’angoisse de la page blanche qui m’a attiré : elle me renvoyait à mes propres angoisses de cinéaste entre deux films », précise-t-il.

          Entre raison et folie, réalité et fiction, désir et fantasme, le film aborde toutes les thématiques chères au réalisateur. Ainsi, nous retrouvons ses sujets obsessionnels tels que les rapports de pouvoir, de domination et de soumission, la manipulation et le harcèlement. Malgré ses efforts, son adaptation du roman fait des personnages, des caricatures d’eux-mêmes, incapables d’exprimer la moindre expression ni émotion. Les dialogues, conçus à la manière de répliques de théâtre font la part belle à la tension silencieuse et insidieuse, comme si finalement, l’intrigue se suffisait à elle-même, comme si les personnages n’étaient plus contraints d’alimenter des échanges vains et insignifiants. Les mots et paroles énoncés semblent fades, sans intérêt ni profondeur.  À la fois troublante de beauté et hypnotique, Eva Green interprète néanmoins avec brio le personnage énigmatique de « Elle ». Ses yeux d’un bleu puissant illustrent l’inquiétante étrangeté qui caractérise « Elle », une jeune femme séduisante et fascinante qui assoit son pouvoir face à une Delphine bien fragile, mollement interprétée par Emmanuelle Seigner. 

Eva Green et Emmanuelle Seigner, D’après une histoire vraie, Roman Polanski © Unifrance, 2017

          Alors que Roman Polanski se retrouve ces derniers jours au cœur d’une polémique (une rétrospective que lui consacre la Cinémathèque française se heurte au mécontentement de plusieurs militantes féministes qui y voient un hommage mal venu au réalisateur accusé de viol sur mineure et interdit de séjour aux États-Unis), le film, déjà mal reçu par la critique au Festival de Cannes peine à convaincre le public. Loin de faire l’unanimité, le long-métrage, conçu à la manière d’un huis clos, présente tous les genres du thriller anxiogène, présentant un scénario prévisible et sans effets de surprise. Une désillusion à la hauteur de la qualité narrative du remarquable roman de Delphine de Vigan qui avait été primé du Prix Goncourt des lycéens et du Prix Renaudot en 2015.


La bande annonce