FUTURS, Matisse, Miro, Calder … au Centre de la Vieille Charité de Marseille

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 par Lisa Brun, fondatrice du site culturel leschroniquesdelart.wordpress.com

        Après le succès de l’exposition « VISAGE, Picasso, Magritte, Warhol… » l’été dernier, la ville de Marseille accueille, en collaboration avec la Réunion des Musées Nationaux, l’exposition événement de l’été 2015 : FUTURS, toujours au centre de la Vieille Charité.

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          Dans ce lieu phare de Marseille, on plonge la tête la première au début du XXe siècle, voyage dans le temps où la science commençait à se développer dans de nouveaux domaines tels que l’architecture, la robotique ou la conquête spatiale, ouvrant une nouvelle voie à l’imagination toujours plus débordante des artistes. Cet interêt pour les progrès et les innovations technologiques va impacter leurs visions du futur et nourrir abondamment leurs œuvres et leur esthétique. La science, l’art, la littérature et le cinéma s’influencent mutuellement, floutant toujours plus les limites entre la fiction et la réalité. Organisée chronologiquement, l’exposition s’articule autour de trois thèmes distincts : Metropolis, La guerre des mondes et l’Odyssée de l’espace, trois œuvres littéraires et cinématographiques incontournables.

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METROPOLIS

           Debout sur la cime du monde, nous lançons encore une fois le défi aux étoiles ! 

          C’est sur cette citation du poète italien Filippo Marinetti que s’ouvre la première salle, extraite du Manifeste du futurisme publié en 1909. A la suite des travaux cubistes de Picasso et de Braque, le futurisme se veut en violente opposition au traditionalisme culturel et bourgeois, et son langage se base sur une décomposition du mouvement, où la vitesse joue un rôle primordial, synonyme d’une modernité exacerbée. La ville moderne fascine, les immenses gratte-ciels de New-York et d’ailleurs sont les nouvelles muses des artistes, séduits par la monumentalité et l’espoir utopique d’un monde meilleur. A la suite, le suprématisme de Kazimir Malevitch se concentre sur l’architecture, puisqu’on peut découvrir ses Architectones, du grec arkitektoneo « bâtisseur ». Ces maquettes en plâtre symbolisent des architectures cosmiques et universelles, « en dehors de tout ce qui est utilitaire ». Malevitch veut atteindre l’essence de la forme et élever l’art au rang d’expression suprême. Joseph Stella et Fernand Leger font quant à eux les louanges des formes industrielles et des machines électriques. Fritz Lang, dont le film Metropolis a donné son nom à la première partie de l’exposition est lui aussi inspiré par les métropoles, mais porte quant à lui un regard plus critique, voire inquiet vis à vis de ce progrès envahissant. Les dadaistes Paul Citroen (dont le photomontage Metropolis a directement inspiré le film de Fritz Lang) et Carl Grossberg nous exposent un monde déshumanisé et sans espoir… Les artistes américains semblent cependant moins pessimistes.

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          Dès la première salle, on peut voir la richesse des courants et des esthétiques présentés, correspondant bien au foisonnement culturel du début de siècle, où tout va très vite, à l’image des grandes villes. La deuxième salle de Metropolis s’ouvre avec le Modulateur Espace-Lumière de Laszlo Moholy-Nagy, œuvre phare s’il en est, de la connivence entre l’art et la technologie. A travers l’étude des matériaux, des formes et de la lumière, la sculpture moderniste de Moholy-Nagy se mue en une véritable architecture mobile. L’oeuvre originale date de 1920-1932, mais c’est une réplique de 1970 qui nous est présentée ici. Utopie constructiviste et imageries Pop se mêlent ensuite pour dresser le portrait d’une société nouvelle.

LA GUERRE DES MONDES

          Publié en 1898, La guerre des mondes est un roman de science-fiction écrit par H. G Wells, qui présage les guerres à venir et confronte pour la première fois l’humanité à une race extraterrestre. Ce thème connaîtra par la suite un immense succès, notamment au cinéma. L’oeuvre peut être considérée comme le reflet d’une certaine angoisse du progrès. La technologie va-t-elle remplacer l’homme ? Les robots sont nos amis ou nos ennemis ? L’homme n’est-il plus qu’une machine de guerre destructrice ? Ce sont, entre autres, les questions qui assaillent l’esprit des artistes. Ainsi, on découvre les œuvres de l’allemand Rudolf Belling, du surréaliste Victor Brauner ou de Roberto Matta, dans un ensemble plutôt éclectique. La conquête spatiale est d’ores et déjà abordée dans cette deuxième partie d’exposition, à travers des œuvres Pop et colorées comme celle de Martial Raysse. Le portrait de Gordon Cooper, souriant astronaute, fait face à des super-héros et souligne bien en parallèle l’engouement grandissant pour les récits de science-fiction et de fantastique qui font rêver petits et grands.

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L’ODYSSEE DE L’ESPACE

          Cette fois, c’est Stanley Kubrick qui baptise ce troisième et dernier axe, avec son film 2001 l’Odyssée de l’espace, sorti en salle en 1968 et étant devenu dès lors un modèle iconique du genre (Space opera), et une source inépuisable pour les artistes. Mais bien avant ça, de grandes découvertes allaient bouleverser la perception du monde et de l’univers : la quatrième dimension par Henri Poincaré en 1902, la relativité générale par Albert Einstein en 1915, la théorie de l’expansion de l’univers par Alexandre Friedmann en 1922, ou encore la théorie du Big Bang par l’astrophysicien Edwin Hubble en 1929. Des artistes comme Wassily Kandinsky, Frantisek Kupka ou Piet Mondrian osent ainsi repousser les limites de l’abstraction en peinture, en immortalisant sur leurs toiles ce qui n’est pas visible ou représentable. Ils explorent un monde inconnu qui vise non pas la matérialité mais l’essence des choses. Kandinsky expose par exemple ses théories dans Du Spirituel dans l’art. Les surréalistes explorent plutôt des mondes imaginaires et oniriques. Au carrefour de ces deux courants, Joan Miro nous présente des toiles de grands formats colorées, d’une grande légèreté, évoquant des constellations.

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Je sais bien que c’est plus tard qu’on se rendra compte combien ce que je fais aujourd’hui était en accord avec le futur. 

          Ce sont là les mots d’Henri Matisse, qui a eu l’honneur d’être en tête d’affiche avec son œuvre Icare, dont la silhouette, dans sa chute, se détache en noir sur un fond bleu vibrant où brillent quelques étoiles. Ce bleu fait même écho à celui d’Yves Klein, un peu plus loin dans l’exposition. Le bleu, la couleur du ciel, de l’espace, de l’infini.. Les œuvres qui font suite sont remplies d’étoiles et de rêves. Et puis, quoi de mieux pour clore cette partie que les Mobiles d’Alexandre Calder ? Structures légères et aériennes, flottant au dessus de nos têtes et dansant au moindre souffle, ces œuvres invitent le spectateur à la contemplation.

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        Le voyage se termine dans la Chapelle, où l’imposante œuvre contemporaine Silence is sexy de Bruno Peinado nous accueille, avec sa respiration profonde et apaisante. Sa surface miroitante reflète et déforme ce qui l’entoure, allusion manifeste à la science-fiction et son esthétique rétrofuturiste. Le contraste avec le lieu est plaisant.

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        Ainsi, à travers un ensemble d’une centaine d’oeuvres, mêlant peintures, sculptures, installations et photographies, l’exposition. FUTURS retrace les grands mouvements artistiques du XXe et le rapport qu’entretiennent les artistes avec ce futur plein de promesses… Une exposition riche, où le seul bémol pourrait être une scénographie qui a difficilement su s’adapter au lieu particulier qu’est le centre de la Vieille Charité. Mais le voyage en vaut la peine. Le bonus : une programmation cinématographique en accord avec l’exposition, de Métropolis à 2001 l’Odysée de l’espace, en passant par L’attaque de la moussaka géante …

A découvrir sur : http://futurs.marseille.fr/

Lisa Brun, fondatrice du site culturel leschroniquesdelart.wordpress.com

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