Je suis Charlie

 

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Parce que nous sommes tous Charlie, la rédaction du Contemporain a offert une tribune d’expression libre à ceux qui le souhaitaient. En quelques lignes, voici les témoignages et les hommages que nous avons recueillis.

 

 Thais

          Alors, dans une république aux valeurs de liberté, la bataille se devait être acharnée. Et, c’est en ce jour du mercredi 7 janvier, que nous avons su que notre vigilance devait être plus grande. Je ne m’étais pas levée ce matin-là pour entendre qu’ont m’avait bafouée, que mes compatriotes français m’avaient trahie. Ils avaient enfreint cette norme, « Tu seras le gardien de ta liberté et de celle d’autrui ». Ils avaient agi dans un égarement certain, dans une haine de l’autre. Alors oui, dans cette république aux valeurs de fraternité, la peur ne venait plus de l’extérieur, mais de chez nous, des entrailles profondes de notre France. Nous ne nous battions plus les uns à côté des autres, mais les uns contre les autres. Et même le rire qui se voulait valeur d’égalité s’était transformé en marionnette idéologique.

Maintenant, on avait de quoi rire de nous. Nous ne savions plus contre quoi nous battre.

Laura

          La violence a toujours fait partie de ce monde, et pourtant la violence n’a jamais rien résolu. Faut-il sombrer dans la faiblesse et la peur, sombrer dans la noirceur de tels actes qui n’ont pour but que de nous mettre à genoux ? « Nous », voilà bien un mot crucial, car aujourd’hui la France est réunie, le monde est réuni pour dénoncer et vomir une telle barbarie. Que pouvons-nous faire si ce n’est dénoncer ces abominations ? Nous pouvons nous battre, tout simplement, chacun à son niveau, continuer d’écrire, de caricaturer, de rire, nous battre pour ces hommes qui sont morts. En s’attaquant ainsi à des hommes clés de la presse et de la culture contemporaine française, ces hommes ont porté atteinte au cœur même de la France, un pays qui a toujours tenté de rassembler et unir autour d’une culture et d’un patrimoine commun. N’oublions jamais ces hommes qui sont tombés en n’ayant d’autres buts que d’éclairer nos consciences. Ne laissons pas la barbarie triompher de notre culture. « L’homme se consume en détruisant et assassinant ses propres frères ». Tout meurtre est fratricide et répugnant. Tout meurtre quel qu’il soit ne peut donc avoir aucune justification. Et réalisons surtout que des dizaines, si ce n’est des centaines de gens meurent chaque jour dans le monde sous le coup de la bêtise humaine. Ayons également une très forte pensée pour eux. 

 

 

Pierre Henry

          Je me joins à la rédaction du Contemporain pour porter ce voile sombre. Je pense à la direction de Charlie Habdo qui a perdu des acteurs essentiels de cette culture française, qui a bâti sa patrie au son de la Liberté. Mais je pense également à toutes les personnes de France et d’ailleurs qui subissent la barbarerie sans nom de ce parti islamiste intégriste, des inconnus tués chaque jour. Je porte mon soutien à tous les musulmans du monde, salis et offensés par ces attentats commis à tort au nom de leur dieu.

 

Félicie

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Quel est le poids des balles face à la plume d’un artiste ?
Libres, mais à quel prix ?
Se battre pour être. Se battre pour la liberté.
Liberté, égalité, solidarité, parce que nous sommes tous Charlie.

 

Patricia

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À Nîmes, le stylo fier, en l’air, pour la liberté d’expression, photo : Patricia

          Toute ma vie, ils étaient dans mon paysage visuel. J’ai grandi avec. J’ai vu mes parents, arrivés de Pologne à la trentaine, se marrer en lisant Cabu. Cette liberté-là, ils étaient aussi venus la chercher ici. Impossible encore de réaliser qu’ils ne seront plus là. Mais le sentiment d’un monde qui s’écroule est bien réel. Tuer au nom de Dieu, salir à tel point une croyance en prétendant la respecter est la preuve d’un obscurantisme qu’il faut combattre. Mais combattre par l’amour et non la division. Les messages de haine et de vengeance, ceux où fusent les amalgames relèvent de ce même obscurantisme et creusent le fossé entre les cultures et les religions. Ne tombons pas dans ce piège tendu, comme le dit Robert Badinter. Ne nous entre-tuons pas entre nous pour leur faciliter le travail. C’est la liberté qu’ils croient avoir assassinée. Douze à tomber, 66 millions à se lever.

 

 

Chirine

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Paul Eluard

          Ce qui est arrivé hier n’a pas de nom, pas d’humanité. C’est un monde tout entier qui s’écroule et se met à genoux pour prier. C’est tout un peuple qui se retrouve et s’unit. Cette barbarie dont nous subissons aujourd’hui l’affront est innommable, insoutenable, insupportable. Je ne trouve pas de mots assez justes pour rendre hommage à la rédaction de Charlie Hebdo, la parole m’est ce matin défaillante, les mots insuffisants. En ce jour sombre et brumeux, je suis meurtrie, blessée et anéantie devant tant de haine et d’horreur. Je relis avec tristesse l’ode à la liberté qu’avait écrite Paul Eluard en 1942, des vers que nous ne devons pas oublier car plus que jamais, ils résonnent aujourd’hui comme un message d’espoir.

« Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté. »

Paul Eluard – Liberté 

 

Lin Vitro

          On imagine que comme nous, vous êtes touchés par cette journée sombre. Aujourd’hui, chacun d’entre nous a perdu une partie de soi. Aujourd’hui la haine a abattu un vrai média. Ce 7 janvier restera gravé dans nos mémoires, date d’une atteinte à notre droit le plus fondamental : la liberté. Ces gars qui respiraient le bonheur, la simplicité, le rire, de grands enfants tout simplement, sont morts pour nous, pour notre liberté d’expression. C’est désormais à nous tous de faire passer ce message et malgré l’horreur de cette journée, j’ai envie de croire qu’on peut tirer un sens à tout ça ! Nous sommes des hommes et artistes libres, nous continuerons ce combat, nous continuerons d’exprimer librement nos opinions ! Nous sommes Charlie.

 

Laurène

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         Ma fille sera caricaturiste. Elle sera rebelle et défendra son pays qui lui a tant apporté. Ma fille sera caricaturiste. Enfin… peut-être qu’elle ne le souhaitera pas. Peut-être qu’elle s’intéressera plus à l’ingénierie, à la musique, à la pâtisserie… que sais-je ? Mais ma fille fera ce qu’elle voudra, parce que la liberté coulera dans ses veines. Charb, Cabu, Elsa, Michel, Franck, Ahmed, Honoré, Tignous, Bernard, Frédéric, Wolinski, Moustapha. J’aimerais avoir votre courage, j’aimerais avoir votre flamme. Cette flamme gardienne de notre démocratie qui nous paraissait si évidente hier encore. Ecoutez-moi vous douze. Je n’arrive pas à défroncer mes sourcils, je n’arrive pas à enlever cet air dur de mon visage. Je suis en colère et j’ai mal. Mais je ne veux pas que ça cesse.

 

Loo Piotte

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        « Ils ont tué Charlie », cette phrase résonne dans ma tête, depuis le moment où j’ai appris la nouvelle, cette horreur qu’ils ont commise, au nom de la bêtise. Ils voulaient les réduire au silence, nous voilà maintenant 66 millions à parler, dessiner, écrire, pour la liberté de s’exprimer. Défenseurs de la bienséance et du politiquement correct, je vous emmerde, ne voyez-vous donc pas qu’il ne nous reste que ça ? L’humour corrosif n’a jamais tué personne, jusqu’à hier. Aujourd’hui je suis fière d’être française, fière d’avoir vu la France se lever et se battre, main dans la main, silencieuse, digne et forte face à cette terrible attaque de la liberté d’expression, la nôtre. Nous sommes Charlie.

   

Orlane

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          Nous sommes l’image de la jeunesse de France, l’allégorie de l’avenir, l’espoir de demain. Nous avons entre vingt et trente ans, nous sommes la conscience d’un pays en devenir. Notre plus belle résolution, pour cette nouvelle année, était la paix. Dans notre pays. Dans le monde. Nous nous sommes tous réveillé, ce matin 8 janvier 2015, avec un poids dans le cœur. Deux bêtes, qui ne peuvent pas être appelées « hommes », ont attaqué notre nation, notre démocratie, ont touché en plein le cœur notre si belle France. Ils ont menacé notre liberté d’expression, ils l’ont réduite à néant le temps de quelques heures. Ils ont exécuté les hommes de liberté, les hommes de la satire et du rire. Les hommes qui osaient les traiter de « cons« … c’est ce qu’ils étaient, c’est ce qu’ils sont. Notre nation est touchée, nos cœurs sont bouleversés et mon crayon est brisé. Tout artiste voulant faire passer un message à travers un art se retrouve menacé. Nos voix ne sont pas pour autant détruites, nos pensées ne doivent pas être prisonnières à la suite de cet attentat, notre union n’est pas ébranlée, nos mains sont toujours liées. J’écris en ce jour, pour faire parvenir ma petite voix à travers des sanglots, des souffrances, de la colère et peut-être de la haine. J’écris pour montrer que mon crayon est brisé, mais pas détruit. Mon encre est imbibée de rouge, hommage aux personnes perdues le 7 janvier 2015. Je lève mon crayon vers le ciel une nouvelle fois, comme un coup de poing rendu aux coupables, comme un dernier hommage aux hommes que j’admire et qui sont désormais partis, comme une manière pour moi de vous dire, à tous, que nous sommes brisés, mais pas détruits.

« Nous étions jeunes et larges d’épaules
On attendait que la mort nous frôle
Elle nous a pris les beaux et les drôles »
Bernard Lavilliers

 Lasrim

          Préférant essayer d’avoir un minimum de recul plutôt que de verser comme beaucoup dans le réactionnisme, mes pensées vont d’abord aux victimes directes de cet horrible attentat, puis aux victimes collatérales : la liberté d’expression et la nation. Chaque jour, des hommes et des femmes meurent assassinés pour leurs idées. Cette liberté d’expression qui m’est si chère en tant que personne, en tant qu’artiste, a été victime de la bêtise humaine sous l’un de ses pires visages : le terrorisme. N’oublions pas que le terrorisme repose sur la peur et qu’il vise l’escalade de la violence. La meilleure réponse est l’unité de notre pays, le courage et l’amour. Ne jamais oublier que derrière chaque peur se cache un bénéficiaire, de deux choses l’une : ne jamais céder à la peur et ne pas reproduire le schéma de violence. Comment pourrions-nous critiquer ces actes si notre réponse est de faire de même ? Répondre à l’extrémisme par l’extrémisme serait de faire de nous, ceux qui nous font horreur. 

          Quant au rapport à l’Islam dans cet évènement, je crains que trop d’entre nous ne fassent plus la différence. Ces terroristes n’ont rien de religieux, et mes pensées et mon amitié vont aussi aux véritables musulmans de France, ceux que vous n’entendez pas, ceux qui pratiquent leur foi en leur cœur et respectent les valeurs de ce pays qui est le nôtre. Avons-nous déjà réduit la communauté chrétienne aux actes de barbarie perpétués par le Ku Klux Klan ? Quant au « je suis Charlie », je préfère la neutralité et le simple deuil. Pour la simple raison que je n’ai jamais été partisan de l’utilisation que faisait ce « journal d’information » de la liberté d’expression. L’humour et la caricature visent à exorciser les contradictions d’un sujet en les grossissant. L’humour est un moyen cathartique de dissiper les problèmes de mœurs, d’unir les gens. Je n’ai jamais retrouvé ça dans les unes provocantes, les dessins mal placés et insultants de Charlie Hebdo. Quel qu’est pu être la religion, la politique ou la philosophie visées. Qui plus est les policiers morts ne doivent pas non plus être oubliés. Et si aujourd’hui il s’agit de « Charlie », hier il y en avait d’autres, demain il y en aura d’autres, et aujourd’hui-même, d’autres meurent pour leur liberté de pensée. Je n’ai pas pour habitude de m’engager personnellement dans des débats purement politiques ou religieux. Ma lutte et ma vision de la musique sont un combat de l’humain, un combat de l’être contre le néant et l’obscurantisme grandissant dont notre monde est le théâtre. Avant de changer le monde encore faut-il se changer soi-même.

 

« Mourir pour des idées,
L’idée est excellente
Moi j’ai failli mourir
De ne l’avoir pas eue »

George Brassens – Mourir pour des idées

 

Lila Hassani

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          Juive, catholique, musulmane, bouddhiste… Aujourd’hui, je suis toutes. Toutes ces religions réunies pour répondre aux attaques terroristes et défendre les droits de la république et de la liberté d’expression. Ne nous laissons pas intimider par cette minorité de nihilistes fanatiques. Soyons solidaires, forts, unis, main dans la main. Soyons frères, soyons tout ce qu’ils n’attendent pas de nous… Afin que cela ne se reproduise plus, jamais.

 

Les unes française et étrangère rendent hommage à Charlie Hebdo

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Philippe Val : « C’est l’arme absolue de rire. C’est l’arme de la démocratie » 

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