La peinture flamande à la Pinacothèque de Paris

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          Grâce au prêt de la collection privée de Hans Rudolf Gerstenmaier, entrepreneur allemand, la Pinacothèque de Paris a cet été organisé une exposition autour de la peinture flamande intitulée « De Rubens à Van Dyck ». Organisée par thème, elle s’est proposée de retracer les principaux mouvements picturaux qui ont donné leurs lettres de noblesse à la peinture hollandaise. Des peintures religieuses de Rubens (1577 – 1640) aux paysages de Von Ruysdael (1628 – 1682), l’âge d’or de la peinture néerlandaise a illustré la diversité de sa production et a fait de cette époque, l’une des plus fleurissantes qu’ait connues l’Europe.

          Aux XVIe et XVIIe siècles, les principaux genres picturaux restaient la peinture d’histoire et les peintures religieuses. Seul un pays allait à contre courant de cette norme : la Hollande. Le pays, fraîchement indépendant, apparaissait comme le principal vecteur de l’émergence des natures mortes et des paysages. Pendant longtemps, ces deux genres permettaient d’illustrer la virtuosité des peintres. Cette peinture profane y connut un développement unique. Souvent de petite taille et décoratives, ces oeuvres témoignaient de la volonté des artistes de représenter un nouvel art de vivre qui se traduisit dans l’expression artistique. La nature morte impliquait notamment une nouvelle manière de penser les représentations picturales. 

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Gaspar Peeter Verbruggen (1635  – 1681), Bouquets de fleurs dans des vasques en pierre dans une niche

          De couleurs vives, la plupart de ces natures mortes mettaient en scène des objets exotiques à l’image des tournesols péruviens représentés sur l’oeuvre de Verbruggen. Ces ornements servaient à souligner l’abondance et la richesse de la Hollande de l’époque. Les peintures profanes cherchaient majoritairement à refléter la grandeur et la supériorité du pays. De même pour les paysages qui célébraient la beauté de la campagne hollandaise. Au XVIIe siècle, ce thème pictural a été porté à un niveau d’excellence rarement égalé par la suite.

          Von Ruydael est considéré comme l’un des plus grands peintres paysagistes qu’ai connus la Hollande et plus largement l’Europe. Ses paysages, apaisés, mélancoliques et tourmentés, donnent à voir un lieu idéal mais chimérique. La présence du moulin n’est ici pas anecdotique car elle sert à témoigner de la puissance agricole du pays. L’idée de faiblesse et de petitesse de l’homme face à la nature, tant mise en avant dans l’oeuvre romantique de l’allemand Caspar David Friedrich (1774 – 1840), émerge déjà chez Ruysdael ; les trois femmes présentes dans le coin inférieur droit de la toile ne semblent que des détails, que de simples poussières face à l’immensité du paysage représenté.

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Jacob Von Ruisdael, Moulin près de Wijk bij Duurstede

          Mais comment comprendre un tel bouleversement des pratiques picturales alors dominantes en Europe ? D’une part il nous faut souligner que bien que moins mises en valeur par rapport à leurs voisins européens, les scènes historiques et religieuses restaient présentes dans la peinture hollandaise. La simple évocation du peintre Pierre Paul Rubens (1577 – 1640), à son époque considéré comme « l’Apelle [peintre grec antique surtout connu pour sa Calomnie, jamais retrouvée mais reprise par Botticelli] de nos jours » fait foi. S’il est vrai que Rubens s’est démarqué dans tous les styles picturaux, les scènes mythologiques et religieuses restent majoritaires dans son oeuvre. Brillant coloriste exaltant toute la sensualité des corps humains avec une minutie des détails saisissante, ses oeuvres font aujourd’hui partie des plus grandes de l’histoire de la peinture européenne, si ce n’est mondiale. 

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Rubens, Vénus et Adonis (1614)

          D’autre part, la situation sociale du pays à cette époque est cruciale quant à la compréhension de ces bouleversements. Comme il est très bien expliqué en début d’exposition, « toute expression artistique voit le jour au sein d’un contexte historique, économique et social donné ». Pendant longtemps, sous domination espagnole, la Hollande, à la différence des six autres provinces des Pays-Bas, a mené une révolte contre la monarchie espagnole, ce qui a aboutit à une scission et a permis à la Hollande de devenir libre de toute domination. Le pays est rapidement devenu l’un des plus prospères et tolérants d’Europe. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les arts picturaux aient suivi ce mouvement en s’émancipant de toute domination religieuse et historique quant aux thèmes qu’elle propose. D’où cette émergence du genre profane qui dès lors n’est plus considéré comme secondaire comparativement avec les peintures religieuses et historiques.

          Des scènes profanes aux scènes religieuses, la peinture hollandaise est l’une des plus riches qu’ai connues l’Europe. Cette peinture profane et innovante, ne se voulait pas purement ornementale, bien au contraire. A y voir de plus près, elle cherchait avant tout à souligner la grandeur et la splendeur d’un pays qui à lui seul est parvenu à conférer une dignité à deux genres picturaux trop longtemps négligés. Ces peintres hollandais n’ont eu de cesse d’inspirer les artistes européens ; le Français Jean-Baptiste Greuze qui excellait dans les scènes de genre ou les natures mortes, ou bien le peintre Anglais J.M.W. Turner, grandement inspiré des paysages de Ruisdael. A la fois unique et remarquable, la peinture hollandaise reste objet de fascination de par son aspect novateur.

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