La rentrée littéraire : notre sélection

“Petit Pays” – Gaël Faye

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          En cette rentrée littéraire de septembre, Gaël Faye suscite un accueil pour le moins triomphant. Compositeur-interprète et clamer à ses débuts, ce jeune auteur se lance dans l’écriture de son tout premier roman Petit Pays, œuvre qui lui vaut d’emblée une récompense de taille – le prix du roman Fnac – et une sélection pour le prix Goncourt et le prix Médicis. Ce roman historique plonge le lecteur dans les bas-fonds d’une Afrique aux mille et une saveurs, à la fois riche et prisonnière d’elle-même. L’action se situe dans les années 1990 au Burundi, un pays en proie à de violents conflits et tensions entre les différentes ethnies et qui succombera à une terrible guerre civile opposant les Tutsis aux Hutus. Gabriel et Ana, nés de père français et de mère rwandaise, voient le jour et grandissent dans ce « petit pays » d’Afrique dans la légèreté de l’enfance, au rythme des rencontres dans la fameuse impasse où se retrouvent Gabriel, sa bande de copains et des manguiers. L’innocence et l’insouciance vont laisser place aux rouages d’une guerre qui gronde, tonitruante et qui menace la quiétude de l’existence de notre héros Gabriel et de toute une population bafouée, à tel point que nos deux frères et sœurs seront forcés de quitter le Burundi pour la France. La question du retour au pays et de l’éloignement se pose au personnage principal Gabriel, si bien que cela devient une obsession pour lui. Déchiré par cette question après vingt années d’exil, l’idée du retour se fait imminente et s’impose au lecteur comme le fil conducteur du roman. Gabriel se lance dans une rétrospection de sa vie et nous immerge dans le parfum et les méandres de son enfance. Cèdera-t-il à la tentation de revoir ce pays auquel appartient sa vie d’autrefois ?

Par Christina

“L’archipel d’une autre vie” – Andreï Makine

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          Récemment nommé à l’Académie française et remplaçant Assia Djebar au fauteuil n°5, Andreï Makine, notamment reconnu pour son Testament français (1995), signe avec L’archipel d’une autre vie, un roman à la croisée du thriller et de la prose poétique. La construction en écho fait se rencontrer deux personnages qui, tour à tour, occupent le statut de narrateur. Au début des années 1970, la rencontre entre un jeune adolescent de quatorze ans, narrateur premier du roman, et Pavel Gartsev, ombre mystérieuse aperçue dans l’infini de la taïga russe, fait naître le souffle mémoriel du roman. La voix narrative bascule alors, et un long flashback nous emporte dans la Russie des années 1952, en pleine guerre froide. Pavel Gartsev et quatre de ses compagnons – Vassine, Ratinsky, Louskass et Boutov – se lancent dans une longue chasse à l’Homme, sur les traces d’un évadé du Goulag. Aux confins de l’immensité de la taïga, la traque se révèle être une véritable quête intérieure : lorsque l’identité du fugitif est révélée, le roman prend une signification bien plus métaphysique sur la notion même de l’être dans le monde. Des années plus tard, le jeune adolescent, devenu jeune homme, se lance à son tour dans une quête : celle de retrouver Gartsev au large de l’archipel des Chantars : « là où une autre vie devient possible ». Avec son Archipel d’une autre vie, Andreï Makine redessine les limites du verbe vivre et entraîne son lecteur dans une réflexion politico-onirique.

Par Flore

« Chanson douce” – Leïla Slimani

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          Après un premier roman remarqué (Dans le jardin de l’ogre, Gallimard, 2014), la jeune journaliste Leïla Slimani revient sur le devant de la scène littéraire avec un deuxième livre intitulé Chanson douce (Gallimard, 2016) qui conforte par sa parution l’accueil unanime que la presse lui a consacré il y a maintenant deux ans. Ce nouveau roman relate l’histoire d’un jeune couple de trentenaires parisiens, Myriam et Paul qui, après l’accouchement de leur dernier enfant, décident d’engager une nourrice pour veiller sur Mila et Adam, âgés respectivement de cinq et un an. Aux nombreux critères de Myriam et aux exigences de la famille, seule Louise, nourrice aguerrie d’une cinquantaine d’années semble correspondre. Cette femme à la silhouette encore élégante et pleine de grâce malgré les années de vieillesse séduit par son naturel protecteur et maternel. Mais que le lecteur ne s’y méprenne pas, la charmante nourrice sera l’auteure du meurtre des enfants. Aucun doute n’est permis puisque la culpabilité de cette dernière est annoncée dès les premières lignes du roman. Avec la précision et la patience d’une enquêtrice, Leïla Slimani retrace pour nous l’évolution de la relation toxique qui s’est installée entre le couple et la nourrice pour tenter, non pas de justifier l’acte meurtrier mais  d’appréhender son enclenchement afin de mieux cerner les rouages de la folie.

Par Chirine

“Beckomberga. Ode à ma famille” – Sara Stridsberg

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          Peu connue en France, l’écrivaine suédoise Sara Stridsberg voit son roman Beckomberga traduit en français pour cette rentrée littéraire, quelques mois seulement après avoir été nommée membre de l’Académie suédoise. Cette œuvre à forte propension onirique – car au fond ce qui est en jeu est autant la représentation d’un nœud familial complet que le dévoilement de la folie dans toute sa splendeur – met en scène Jim, son épouse Lone et sa fille Jackie. « Ce qui rend les gens heureux ne m’a jamais rendu heureux ». Tels sont les mots que Jim adresse à sa fille et qui dévoilent la situation dans laquelle se trouve cet homme dont l’existence ne tient qu’à un fil. Après des années d’une vie mouvementée et volage, ce père de famille et époux est interné à Beckomberga, hôpital psychiatrique qui se veut foncièrement humain en misant sur l’importance des relations. Chaque jour Jackie ira rendre visite à ce père malade et détaché du monde sans toutefois parvenir à le sortir de sa détresse. De son côté, sa mère, Lone, constamment en voyage, tente désespérément de fuir cette situation. Que reste-t-il alors à Jackie qui, impuissante, voit sa famille voler en éclat ? Son fils, Marion, qui à lui seul incarne le peu d’espoir qu’elle continue malgré tout de conserver. Véritable fouille des sentiments et relations familiales et plus largement des relations humaines, ce livre nous propose une véritable plongée au cœur de la folie pour percer les mystères du cœur humain, et ce par le biais d’une écriture concise mais toujours précise et poétique.

Par Laura

« L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire » -
Amélie Nothomb

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          Le nouveau Nothomb est sorti ! L’écrivaine qui publie un livre chaque année depuis 1992 nous présente cette année Riquet à la houppe. S’étant déjà inspirée de Barbe Bleue, elle revisite cette fois-ci de façon contemporaine et mystique le conte de Charles Perrault, La belle et la bête. De ces deux personnalités que tout oppose, l’auteure belge nous offre des portraits fascinants qui passent du commencement de la vie à la jeunesse plus avancée : Déodat, au physique peu attrayant mais à l’intelligence éblouissante et Trémière, la beauté pure mais aux préoccupations futiles. Leur rencontre et les premiers émois qu’ils vivent offrent un véritable regard à la fois intemporel et magique sur les sentiments que l’on peut porter à un être. Entre esprit et idiotie, magnificence et laideur, enfance et vie d’adulte, la rencontre entretient le mystère de la cohérence amoureuse, et révèle ainsi l’importance trop grande que l’on donne parfois aux apparences sans vraiment s’intéresser plus précisément à celui qui se trouve en face de soi. Nous retrouvons dans ce roman Amélie Nothomb grâce à son talent qui emporte le lecteur une nouvelle fois dans son univers onirique, merveilleux et ponctué d’humour noir. Le champagne et le cours d’ornithologie en plus ! Un beau moment poétique hors du temps.

Par Félicie

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