La rentrée littéraire : Notre sélection

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© Bibliothèques 71

          Par soucis d’honnêteté, je préciserais tout d’abord que les livres ci – dessous présentés ne sont pas ceux que j’ai lus mais bien ceux que j’envisage de lire au cours de cette rentrée qui ne cesse d’approcher. En conséquence les textes accompagnant les œuvres ne se veulent que les explications et raisons qui m’ont amenée à sélectionner ces livres.

La dernière nuit du Raïs, Yasmina Khadra , aux éditions Juilliard, sortie le 20 Août 2015

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          Toute l’actualité concernant les problèmes posés par les extrémismes religieux et par les révolutions arabes a conduit à une floraison d’écrits autour de ces thèmes. Yasmina Khadra, fin connaisseur de ces problématiques que son œuvre n’a eu de cesse d’interroger, propose ici un projet à la fois unique et audacieux à travers une biographie de Mouammar Kadhafi. Unique car la plupart des œuvres présentent généralement des récits mettant en avant les victimes de violence, or ici Khadra se glisse véritablement dans la peau du dictateur ; audacieux donc. Ses talents de prosateur n’étant plus à démontrer, l’auteur relève ici un véritable défis en plaçant au centre de son histoire un homme ô combien violent et arriviste. Mais comment Khadra va-t-il parvenir à dresser le portrait d’un tyran sanguinaire tout en restant neutre et fidèle à l’Histoire telle qu’elle nous est pour l’instant parvenue ? Car l’enjeu est bien là, montrer les intrigues et événements qui ont conduit cet homme, si ce n’est la plupart des dictateurs, à écraser son prochain pour asseoir son autorité.

Boussole, Mathias Enard, aux éditions Actes Sud, Sortie le 19 Août 2015

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          Le temps d’une nuit d’insomnie, le narrateur Franz Ritter plonge dans ses souvenirs qui le ramènent à l’époque de ses voyages au Moyen-Orient avec Sarah, la femme qui hante ses nuits. L’occasion pour nous lecteur de s’immerger dans un monde oriental trop souvent oublié : le monde de l’invention de l’algèbre, le monde de l’imaginaire d’artistes tels que Hugo dont Les Orientales ont inspiré Berlioz, le monde des antipodes, de la beauté et de la barbarie, du savoir et de l’obscurantisme ; le monde de tous les possibles qui continue de fasciner par sa richesse et sa poésie.

La septième fonction du langage, Laurent Binet, aux éditions Grasset, Sortie le 19 Août 2015

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          Véritable réécriture de l’Histoire littéraire et intellectuelle française ; Roland Barthes est assassiné après avoir déjeuné avec un candidat socialiste en possession d’un mystérieux document révélant la septième fonction du langage qui permettrait, comme l’explique Jakobson dans son Essais de linguistique générale, de prendre le dessus sur son interlocuteur lors d’une conversation. Or, le langage restant le meilleur outil de domination, cette fonction pourrait, à terme, permettre à celui qui la possède de dominer le monde … Beaucoup de figures intellectuelles et politiques, allant de Mitterrand à Bernard-Henri Lévy sans oublier Jacques Derrida – pour ne citer qu’eux – figurent dans cette œuvre au piquant acerbe. Reste à voir comment cet auteur polémique parvient à nouer une intrigue truculente en jouant sur des figures clefs de l’histoire intellectuelle tout en traitant sur le fond d’une problématique beaucoup plus sérieuse ; le langage et ses pouvoirs potentiellement destructeurs.

 

Place Colette, Nathalie Rheims, aux Editions Léo Scheer

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        La découverte de la littérature, ici plus particulièrement du théâtre, comme apprentissage de la vie et notamment de la vie sentimentale, pour ne pas dire charnelle. Suite à une erreur de diagnostic, la narratrice reste hospitalisée trois longues années, à l’âge de neuf ans, jusqu’à ce qu’un médecin trouve un diagnostic permettant de la sauver. Au cours de ces années, elle s’est plongée dans la lecture des classiques et lorsqu’elle sort de l’hôpital, une passion vorace pour le théâtre la conduit à roder autour de la Comédie française et plus particulièrement place Colette, jusqu’au jour où, à 13 ans, elle tombe amoureuse de l’un des comédiens alors beaucoup plus âgé qu’elle. La découverte de la littérature aboutit à une découverte de la vie pour cette jeune narratrice qui, immobilisée plusieurs années, n’avait d’autre moyen d’apprentissage que ses lectures. Bien que troublante, cette histoire, en grande partie autobiographique, s’interroge sur cette capacité de la littérature à se vouloir initiatique. Après tout, cette narratrice ne serait-elle pas une Don Quichotte des temps modernes pour qui la quête de l’amour et de la reconnaissance passe par une attache insensée et aveuglante envers la littérature et le théâtre ?

 Un cheval entre dans un bar, David Grossman, aux éditions Seuil, Sortie le 20 Août 2015

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          Dans un registre différent, l’humoriste Dovalé G. présente un stand-up dans un club de la petite ville israélienne Netanya. L’un de ses amis, le narrateur, assiste au spectacle non sans une certaine répugnance face à un humour souvent scabreux. Mais peu à peu, le comédien laisse place à l’homme, laisse tomber le masque et le personnage façonné pour l’événement se délite. Le flux de conscience remplace rapidement les blagues et le rire fait place aux confessions intimes, douloureuses du comédien. La scène devient ici le lieu de la mise à nu de l’humoriste ; ou plutôt, ne serait-ce pas la vie elle-même et ses événements qui ne serait qu’une formidable scène sur laquelle tout un chacun porterait un masque ? Et le théâtre ne serait-il pas au contraire ce lieu où l’Homme se dévoile sans réserve à l’image de ce Dovalé G. ? Rappelons-nous les propos de Shakespeare selon qui « le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles » (Comme il vous plaira)

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