LA VENUS A LA FOURRURE DE DAVID IVES AVEC MARIE GILLAIN ET NICOLAS BRIANCON

La vénus à la fourrure, Théâtre Tristan Bernard (Paris), 11 octobre 2014, © Fabienne Rappeneau

© Fabienne Rappeneau

Nous connaissions La Vénus à la fourrure comme œuvre littéraire de l’allemand Leopold von Sacher-Masoch (1836-1895) dont le nom de famille est à l’origine du terme «masochisme» mais aussi comme œuvre cinématographique de Roman Polanski, adaptée d’ailleurs de cette pièce. Arrivée cependant en France après le film, il faut désormais compter avec la pièce de théâtre imaginée par David Ives, jouée d’abord à Broadway puis à Paris avec Jérémie Lippmann à la mise en scène, Marie Gillain en Vanda et Nicolas Briançon en Thomas Novachek.

David Ives propose, ici, du théâtre dans le théâtre avec l’histoire d’un metteur en scène, Thomas Novachek, qui recherche la comédienne qui pourra incarner Vanda, l’héroïne du livre de Sacher-Masoch dont il a écrit l’adaptation théâtrale. Alors que sa journée de casting s’est particulièrement mal passée et qu’il s’apprête à partir, une comédienne à l’apparence négligée arrive pour faire un essai. Le comédien prévu pour donner la réplique étant parti, Novacheck se laisse convaincre de le remplacer et, ainsi, la faire passer le casting.

Forte de ses Molière de la meilleure pièce du théâtre privé et de la meilleure comédienne pour Marie Gillain et suite à notre entretien avec Nicolas Briançon, nous étions plus que curieux de découvrir la pièce. C’est désormais chose faite et nous partageons notre ressenti avec vous!

© Basile Dell

© Basile Dell

Nous n’allons pas faire durer le suspens plus longtemps : nous avons vraiment beaucoup aimé cette pièce. Marie Gillain, de retour sur les planches après plusieurs années d’absence, livre une interprétation sans faute. Parfaite en Vanda tantôt excentrique et écervelée, tantôt manipulatrice et sensuelle, elle montre ainsi différentes facettes de son jeu d’actrice, le tout sans jamais tomber dans la vulgarité. En effet, le sujet tel qu’il est connu, et l’affiche peuvent tromper le spectateur sur le contenu de la pièce. Jérémie Lippmann de par sa mise en scène, ne tombe jamais dans le voyeurisme. Au risque de vous décevoir, vous verrez tout au plus une gifle et c’est là, la force de cette pièce. Bien que Vanda porte, pour la majeure partie du temps, une tenue légère, on est loin d’une pièce provocatrice dans sa forme. Cependant, cette pièce est belle et bien osée pour les questions qu’elle soulève : qui a le pouvoir? Qui est le dominé, qui est le dominant ? Peut-on passer de l’un à l’autre?   

Toujours dans la subtilité, la pièce défile en alternant les moments de répétitions et les moments de conversations. Bien que parfois déroutant, on s’y retrouve assez vite.

Nicolas Briançon, quant à lui, est remarquable en tant que metteur en scène qui ne sait pas sur quel pied danser face à cette comédienne atypique. Un rôle qui lui offre la possibilité de mettre en avant ses talents d’acteur dont l’humour. En effet, contrairement à ce que l’on pourrait penser, Nicolas Briançon nous l’avait d’ailleurs confié, cette pièce fait preuve de nombreux effets comiques. Bien sûr, nous sommes loin du théâtre de boulevard mais les dialogues, les situations, les gestuelles amènent régulièrement le rire chez le spectateur.

Les personnages de Vanda et Thomas sont omniprésents sur scène, leur performance étant rendue encore plus efficace par la sobriété de la mise en scène et du décor. Alors que ce dernier aurait pu tomber dans une certaine facilité en jouant sur un côté sophistiqué, il est, au contraire, minimaliste avec deux étais, des bâches en plastiques… le seul élément décoratif propre au sujet est l’ottomane dont la présence s’explique par le fait qu’il serve aux castings. Cette sobriété sert alors les comédiens dont le jeu est au cœur de toutes les attentions. L’utilisation de la salle pour les déplacements sert également la pièce en la rendant plus vivante, plus réaliste !

Finalement, bien qu’un peu sceptiques au début de peur de voir uniquement une pièce portée sur le sadomasochisme, nous avons été charmés par la drôlerie de la pièce, par son scénario qui pose de nombreuses questions ainsi que par la performance de Marie Gillain et Nicolas Briançon, seuls sur scène pendant 1h30.

La vénus à la fourrure de David Ives

Avec Marie Gillain et Nicolas Briançon

Mis en scène par Jérémie Lippmann

En tournée dans toute la France

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