Laïcité – Citoyen – République, bal des ” Je t’aime moi non plus”

10273933_10203575715136088_6224783745745492211_n

Au pied de la porte, je m’en allais. Je lui disais au revoir, à elle et à cette France où j’avais de plus en plus de mal à trouver une place. Je ne lisais plus la presse, ne regardais plus les infos, n’écoutais plus la radio. Je ne voulais plus savoir ce que l’on disait de moi, cette tare de la société. Et oui, je faisais partie de ces cumulards : immigrée, musulmane, peut – être un peu trop intégrée. Je m’en allais donc le cœur léger.  Avant mon départ, elle m’avait soufflé tout bas « fais attention à toi, promets – le moi ». Comme toutes les mères, elle s’était inquiétée car je m’envolais pour de nouveaux horizons, dans un autre pays. J’étais sans appréhension certaine, sans préjugés, seulement dans une attente, celle du renouveau. Et elle, était dans la crainte, dans les préjugés préétablis d’une Autriche raciste. Elle ne connaissait que la France et pensait les autrichiens beaucoup plus racistes, parce qu’on le sait tous, ils y avaient participé eux aussi… Et puis raciste, antisémite, c’est la même chose, c’est une question de haine. Chaque jour, elle s’inquiétait davantage, m’harcelait de coups de téléphone à chaque fois que je ne répondais pas. Apeurée, essoufflée, elle me hurlait  «  mais ou étais tu passé bon dieu ? Tu ne te rends pas compte du danger que tu cours ». Je ne me rendais pas compte en effet de ce qu’il se passait de l’autre coté. De tweets en publications Facebook, je compris : il régnait une atmosphère putride. Entre la montée du FN, sa reconquête du Sénat, la mort d’Hervé Gourdel, le terrorisme, les immigrés et la crise … bref, tout cela se mélangeait autour d’un seul discours : celui de la terreur. Elle écoutait la radio et regardait beaucoup les informations sur TF1 ; elle faisait partie de ces Français qui croient en tout, en cette menace qu’elle l’avait vue., qu’elle avait sentie. Elle aussi, s’était laïcisée, et avait appris à vivre dans une France sans religion, une France où régnait la peur de l’Islam, mais surtout la peur des religions.

La laïcité d’antan qui nous uniformisait, nous désunit désormais.

Dans cette France d’aujourd’hui, il n’est plus bon d’être croyant. Les religions avaient opprimé, et devaient à leur tour être opprimées. Elles étaient cet opium du peuple, et avaient représenté une menace pour la protection d’une minorité, les non-croyants. Cette laïcité n’était pas soudainement  née dans le but d’opprimer le Catholicisme, mais dans un mouvement de conscience générale, le bon vouloir de la fin des guerres de religion, le statut d’une France en paix avec ses différentes communautés religieuses. En 1946, la laïcité s’inscrivit dans un processus démocratique, et s’ancra dans notre république en tant que principe fondamental d’égalité. De là, elle devint l’étendard même d’une république, celle de la Ve République. Elle était l’effacement des différences et prenait tout son sens aux heures les plus critiques de la république, aux heures où la haine des juifs se banalisait, à l’heure  l’iniquité s’appliquait au nom de la raison d’Etat, au temps de l’affaire Dreyfus. Cette volonté d’uniformiser notre société ne s’était donc pas faite au détriment des autres.

Seulement aujourd’hui, elle est toute autre. La république crée et creuse un fossé plus grand entre croyants et non croyants. La laïcité d’antan qui nous uniformisait, nous désunit désormais. La France n’est plus ce qu’elle était. Et si au fond, la laïcité uniformisait la non croyance ? On ne l’admet que trop peu, la laïcité peut être perçue comme un dictat de la non croyance. Elle empêche l’exercice des religions. Une incompatibilité s’immisce ainsi entre être républicain et être religieux. On se choisit une identité, celle que la république nous aura donnée : pour ma part, je me fends dans ce moule, dans lequel personne ne pourra détecter une once de croyance religieuse ; au moins, on sera sûr que je ne serais jamais plus discriminée et qu’à mon tour, je ne discriminerai jamais plus. De cette évidence générale, toute croyance est alors perçue comme une volonté de soumission des autres à soi. Intolérance et méfiance deviennent l’apanage même de notre laïcité. Il suffit de porter une kippa, un voile en sphère publique et les regards deviennent insistants. Chacun se veut gardien de la laïcité. Le dialogue n’existe plus, une confrontation s’en suit alors entre les  religions elles – mêmes, puis entre croyants et non croyants. Et voilà comment nous nous retrouvons face au problème originel, celui de la peur de l’autre, de la peur des religions. Celle – ci  s’était dans un premier temps manifestée par un antisémitisme latent, puis peu à peu propagée en une islamophobie. Les politiques ne s’en cachent plus. Désormais, nos croyances nous seront dictées :

Lorsqu’on choisit de venir en France, Etat de droit, laïc, on se doit de respecter notre culture et la liberté des femmes. Sinon, on va ailleurs ! Lorsqu’une Française se déplace dans un pays où la culture est différente, elle respecte et ne se présente pas en tenue de Bardot … En France, les femmes ont gagné le droit de vote, la liberté de travailler sans l’autorisation de leur mari, la liberté d’ouvrir un compte en banque, de conduire une voiture, de porter des pantalons, l’IVG, la contraception … Même si le chemin est encore long à parcourir notamment en matière d’égalité salariale, je mesure le combat difficile qu’il reste à mener pour les autres femmes du monde, opprimées et soumises. Nous devons les y aider et dénoncer les abus de la domination masculine et être intraitable lorsqu’elle se vit en France ! Qu’on ne vienne pas me rétorquer encore une fois l’Islam … Je demande aux musulmans qui ont choisi de vivre en France de s’y intégrer, aux Français de confession musulmane que nous respectons, de défendre avec moi, une simple réalité : La France n’est pas un Etat religieux, on peut y pratiquer sa religion en respectant avant tout le droit. La France est un Etat laïc : Il convient de l’aimer, de respecter sa culture et le droit des femmes, l’égalité entre les hommes et les femmes ou il convient d’aller vivre ailleurs ! 

Nadine Morano, 18 Aout 2014.

La laïcité n’était pas née dans cette France de la colonisation, ni dans cette France de l’immigration, celle dans laquelle nous devions nous intégrer, alors même que trois générations plus tard, nous étions vraiment français. Cette uniformisation par la laïcité nous cantonnait à la même expression « musulmans de France » au lieu de « musulmans français ». Nous n’étions plus des membres de la République, mais le problème français. Nous devions nous tenir prêts à nous excuser des impunités commises, par ceux qu’on ne connaissait pas. Et dans cette République qui était nôtre, nous n’étions jamais assez français. 

L’essentialisation de la peur des religions avait tendance à se faire autour d’une religion qui est l’Islam. L’histoire se répète encore et encore dans un entremêlement de « je t’aime, moi non plus » entre laïcité, citoyens et république. Cette désunion ne s’était en réalité pas faite qu’avec l’Islam. Le mariage pour tous n’est qu’un exemple actuel parmi tant d’autres. Il existe aujourd’hui une désintégration de la société française, des croyants et des non croyants. Cette désintégration de la société française ne révèle que trop bien le déni de l’essence même de notre société : notre multiculturalisme.

Laisser un commentaire