« L’Amant double », un thriller érotique magistral

L’Amant double
Réalisé par François Ozon (2017)
Thriller
Film français
Avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset, Myriam Boyer
★★★★★

L’Amant double réalisé par François Ozon (2017) © Mars Films

En compétition officielle au Festival de Cannes pour la palme d’or, L’Amant double, le dernier film du réalisateur François Ozon, est la révélation cinématographique du moment. Thriller érotique au suspens haletant, le long métrage bouleverse les genres et surprend par son audace. Brillamment interprétés par Marine Vacth et Jérémie Renier, les protagonistes principaux, Chloé et Paul, servent une intrigue trépidante où sensualité, mystère et épouvante se mêlent pour livrer une œuvre époustouflante.

          Après Dans la maison (2012), Une nouvelle amie (2014) et Frantz (2016), François Ozon revient aujourd’hui sur le devant de la scène cinématographique avec L’Amant double. Un film pour lequel le cinéaste a une nouvelle fois collaboré avec Marine Vacth et Jérémie Renier, que l’on avait découverts dans Jeune et Jolie (2013) et Les amants criminels (1999). Pour ce nouveau projet, le réalisateur s’intéresse au quotidien de Chloé, une femme en proie à des maux de vente d’origine psychologique qui décide, pour y mettre un terme, d’entamer un suivi psychothérapeutique avec Paul dont elle tombe progressivement amoureuse. Quelques mois après sa connaissance, Chloé emménage avec lui au sein d’un appartement parisien et découvre des indices sur sa réelle identité et des éléments que Paul lui avait soigneusement cachés. S’ensuit alors une quête de la vérité que Chloé mènera envers et contre tout et qui la mènera aux confins de la folie.

          Librement inspiré du roman « Lives of the twins » de l’écrivaine Joyce Carol Oates, paru en 1987, le film mène une réflexion profonde et complexe sur la gémellité que le personnage de Chloé découvre par le biais de son fiancé Paul. Jouant sur l’ambiguïté et la psychologie des personnages, le long métrage explore des thématiques encore peu ou presque pas portées sur grand écran : la rivalité fraternelle de jumeaux et l’érotisme de fantasmes inavouables. « J’ai rendu l’histoire racontée par Joyce Carol Oates plus mentale, inscrite dans une réalité plus française […] On retrouve néanmoins dans le film les sujets de prédilection de l’écrivaine américaine : la névrose, le sexe et la gémellité dans ses aspects les plus noirs », explique le cinéaste. Essentiellement mental et psychologique, le film montre avec brio toute la complexité des notions de dualité que connaissent les frères jumeaux dont la vie s’observe telle un miroir renversé.

L’Amant double réalisé par François Ozon (2017) © Mars Films

          L’un est doux, à l’écoute et bienveillant (Paul), l’autre est ombrageux, pervers et machiavélique (Louis). Ces deux frères que tout oppose ont comme seul et peut-être unique point commun leur amour pour Chloé, une jeune femme à la quiétude fragile et ébranlée. Aimée par Paul et violemment attirée par Louis, Chloé se perd dans la double vie qu’elle s’est rêvée, fantasmée puis construite. Un trio amoureux dans lequel passion et violence accroissent le désir ardent des protagonistes. « Après un film comme Frantz, dans la retenue et une forme classique, la plongée dans l’imaginaire de Chloé me permettait davantage d’audaces formelles. L’Amant double raconte une histoire essentiellement mentale et l’idée était de construire une mise en scène architecturale, de jouer sur la symétrie, les reflets et la géométrie », explique François Ozon.

          Débutante dans Jeune et Jolie, la sublime et discrète Marine Vacth se révèle dans L’Amant double plus femme et sensuelle que jamais. Mystérieuse et psychologiquement troublante, elle incarne à elle seule toute l’ambiguïté du film souhaitée par François Ozon. Le film explore par le biais de son personnage la sexualité féminine et les rouages du subconscient. Jérémie Renier, que l’on connaît pour ses rôles dans Cloclo (2012) et dans Ni le ciel, ni la terre (2014) illustre quant à lui toute l’étendue de son talent d’acteur. Pouvant successivement se plonger dans la peau de Paul puis de Louis, il illustre la dualité et la complémentarité des deux personnages qu’il incarne.

          D’inspiration hitchockienne, le film puise également ses références dans Sœurs de sang de Brian De Palma (1973) ou encore dans Rosemary’s Baby de Roman Polanski (1968). L’Amant double se veut être un long métrage multi-genres dont l’esthétique soignée sublime le cadre dans lequel les personnages évoluent. Cru, glacial et oppressant, le thriller emporte avec lui les spectateurs qui se laissent bien volontiers manipuler par l’intrigue dont la scène finale laisse de multiples explications possibles. Dix-neuvième film de François Ozon, L’Amant double est sans conteste le film sensation du Festival de Cannes malgré une réception critique mitigée dont les arguments avancés peinent à ne pas attiser la curiosité du public.

La bande annonce