« Le Sel de la terre », voyages au centre de l’Humain

Capture d'écran 22/11/2014 à 11.58.41

© Genesis Master Photographer – Sebastiao Salgado

          

          C’est l’histoire d’un homme trop sensible pour n’être qu’économiste, celle d’un photographe humaniste qui espère changer le monde en témoignant de l’horreur.

        « Cliché… », dites-vous? Quoi de plus normal puisque Le sel de la terre est le documentaire que Wim Wenders consacre à Sebastiaõ Salgado, photographe brésilien connu pour ses clichés époustouflants, où la beauté surgit même des pires scènes de détresse. Mise en abime d’admirations croisées : celle d’un photographe-réalisateur pour son sujet, celle du sujet pour l’humain, celle d’un fils pour son père.

        Face à l’une des premières images, montrant le photographe au milieu des papous et leur faisant découvrir leur portrait sur l’écran LCD de son Reflex numérique, on ne peut s’empêcher de soupirer intérieurement : la scène est attendrissante, certes, mais semble « déjà vue », des centaines de fois. La suite se révèle plus subtile. Saisissant la mort, l’oeil vitreux et l’absence de vie dans les vieilles âmes incarnées dans les corps des Tutsis pendant les massacres au Rwanda, Salgado construit un témoignage monumental en parcourant le monde muni de son objectif. La détermination se lit dans les mouvements des chercheurs d’or brésiliens au même titre que l’on est projeté dans le vide présent dans les yeux des réfugiés éthiopiens. Le photographe se lie à ses sujets, s’attache à cette humanité dans des conditions souvent inhumaines et dépeint des destinées dramatiques à l’issue trop prématurément morbide. Noir et blanc éclatant, contrastes époustouflants, jamais pellicule statique n’aura semblé autant en mouvement.

         Injecter de la beauté dans la détresse, montrer l’insoutenable… toutes les images sont-elles « montrables » ? Le débat est latent, il divise deux camps. Les partisans de l’information diront que le monde doit savoir. Les autres crieront à l’exploitation de l’horreur au profit de l’art… Le point fort du documentaire est de mettre en lumière l’homme de l’ombre, l’auteur de ces images. À travers son histoire personnelle, familiale et les émotions décrites tout au long du documentaire, il est impossible de nier les intentions, sincères, qui intensifient le message et effacent les doutes sur leur passage. Car Sebastiaõ Salgado en ressort marqué. Transformé. À travers son travail, toute sa famille est impliquée dans la démarche, petit à petit animée d’une rage de changer les choses. Car la morale de l’histoire est que chacun, à son échelle, a le pouvoir d’agir.

« Le sel de la Terre », ce sont les Hommes, sujets du travail de mémoire, celui de toute une vie, celle de Salgado. Après tout, les photographies sont les écritures générées par les ombres et la lumière.

Date de sortie : 15 octobre 2014

Durée: 1h50

Réalisé par Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado

Genre: Documentaire, Biopic

Le Sel de la Terre – Bande annonce

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