Les Hugo, une famille d’artistes

capture-decran-2016-09-16-a-19-56-13© Paris Musées

Victor Hugo n’est pas seulement l’écrivain de génie que l’on connait mais aussi un dessinateur visionnaire et un décorateur inventif. Sa puissance créatrice semble avoir débordé sur sa famille et s’être répandue jusqu’à ses descendants d’aujourd’hui.

          Voici les termes qui ouvrent l’exposition actuellement proposée par la Maison de Victor Hugo. Et de fait, toute la lignée de cette famille paraît possédée par un génie créateur hors norme : de François-Victor Hugo (1828- 1873) à Jean-Baptiste Hugo (1953), arrière-arrière-petit-fils de l’écrivain, de nombreux membres de cette famille se sont illustrés dans des créations artistiques diverses et variées. Mais ce qui rattache chacune de leurs œuvres reste l’admiration que chacun voue pour le patriarche dont les talents ne se bornaient pas à la littérature et poésie.

          Avant de revenir sur certains membres illustres de cette famille, il convient de rappeler à quel point le génie de Victor Hugo était grand, non seulement en littérature, mais aussi en dessin et en décoration. De nombreux objets mobiliers ont été retravaillés par le poète qui parfois ajoutait des touches de peinture aux objets, à l’image ici de ce-miroir dont le cadre a entièrement été peint de ses mains. Dans d’autres cas, ce sont les armoiries de la famille qui sont ajoutées ou bien des citations latines, langue particulièrement appréciée du poète.

14360309_1734585136803163_1143329588_o© Laura / Le Contemporain

          Ces retouches personnelles du mobilier témoignent d’un goût prononcé pour le dessin que Victor Hugo pratiquait depuis son adolescence et qui toute sa vie l’accompagna. Chaque voyage, chaque paysage et chaque sensation furent l’occasion pour lui d’une création. Ainsi sa série Souvenir repose sur une réinterprétation des lieux visités, dessins qui viennent ensuite décorer son intérieur de Hauteville House (maison dans laquelle Victor Hugo vécut lors de son exil de 1856 à 1870). Il nous faut par ailleurs souligner que la plupart des cadres ornant ces dessins étaient eux-aussi peints de la main de Victor Hugo.

Aussi bien poète que dessinateur ou même décorateur, les dons de l’écrivain étaient nombreux. Face à des talents aussi abondants, faut-il alors encore s’étonner de voir ses descendants pratiquer avec brio diverses formes artistiques ?

be7f05beaf35ff94e67e97f8d7a1c774© Autoportrait de Léopold Armand Hugo (1828-1895) étudiant, gravure sur cuivre,
Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet

          Le dessin apparaît comme le point nodal de cette famille. Tout d’abord, Adèle Hugo, épouse de Victor, pratique elle aussi cet art notamment en dessinant après son mariage les membres de sa famille. Aussi n’est-il pas étonnant de voir les deux fils, Charles Hugo (1826-1871) et François-Victor, pratiquer également cette pratique. Cependant ceux-ci se passionnent rapidement pour la photographie, récemment apparue avec la création du daguerréotype que manie François-Victor, alors que Charles – dont l’activité de journaliste engagé contre la peine de mort a également contraint à l’exil– est initié par Edmond Bacot à l’utilisation des plaques de verre. Car en dehors de cette passion pour les paysages et le dessin, le lègue majeur transmis par Victor à ses enfants est l’amour pour la littérature : François-Victor traduit ainsi les Œuvres Complètes de William Shakespeare (publiées entre 1859 et 1866 en 18 volumes), Charles s’adonne lui aussi aux Belles- Lettres (Le Cochon de saint-Antoine, 1858, La Bohème dorée, 1860…) sans oublier la fille cadette, Adèle, qui envisagea d’écrire un livre sur la libération des femmes, bien que sa passion première fut vouée à la musique. Elle rédigea en effet de nombreuses mélodies destinées à accompagner les poèmes de son père.

ob_041e0c_13© Jean Hugo devant ses dessins de costumes et décors
pour Roméo et Juliette, photographe anonyme, 1924

       Au-delà de ses descendants directs, son neveu Léopold (1828-1895), fils de son frère Abel, s’est également illustré dans le domaine de la peinture avec notamment une série d’autoportraits à dimension symbolique mais aussi dans le domaine des mathématiques avec la publication de nombreux écrits qui au fil du temps ont perdu de leur importance scientifique pour gagner en poésie. Toute une génération est donc marquée d’un goût prononcé pour les arts, génération va transmettre cet amour à leurs descendants. Georges, fils orphelin de Charles à l’âge de ans ans élevé par son grand-père, l’illustre Victor a peint et dessiné de nombreuses scènes de la vie militaire à laquelle il a activement participé ; beaucoup de ses œuvres transcrivent les conditions de vie des tranchées lors de la première guerre mondiale. De la même manière, son fils Jean Hugo (1894-1984) pratiquait lui aussi la peinture, mais dans un tout autre genre. Véritable touche-à-tout, ses peintures et dessins sont davantage liés à l’art de la mise en scène et à la confection de costumes, bien qu’il pratiquât également l’art de l’illustration d’œuvres littéraires.

          Restent enfin les arrières-arrières-petits-enfants du maître, Jean-Baptiste Hugo (1953) et sa sœur Marie Hugo (1951). Si cette dernière pratique avec succès l’art de la peinture, Jean-Baptiste s’est lui aussi passionné pour la photographie. Mais tous deux se rapprochent dans l’admiration sans nom qu’ils portent à Hauteville House ; ainsi, en parallèle de cette exposition, chacun d’eux a mis son art à contribution afin de faire paraître un livre mettant en scène la demeure. La photographie, la peinture, le dessin, l’écriture et la musique sont donc autant d’art pratiqués  par Victor Hugo lui-même, mais surtout par ses descendants proches qui chacun à sa manière a contribué à façonner le mythe d’une famille d’artistes et ce jusqu’à nos jours.

A la Maison de Victor Hugo jusqu’au 18 septembre 2016
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