Lettre à ceux qui se demandent encore si aller voir Mommy, le dernier Dolan vaut le coup

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Mommy, réalisé par Xavier Dolan

Les Sceptiques seront confondus.

 

Cher lecteur,

Peut – être n’as – tu pas 6,70 € dans ton porte monnaie en ce moment. Encore moins pour te payer un cinéma. Et puis, qui pourrait bien t’accompagner, un soir d’automne ? Il faudrait trouver du temps, une date, se décider.

Comment n’as-tu pas pu entendre parler du jeune Xavier Dolan, fou de travail à s’imprimer sur la jambe les dires de Cocteau tels que “L’oeuvre est une sueur’” ou “A l’impossible, je suis tenu“. Ce Québécois issu d’une culture populaire, assumant des goûts qui pourraient faire sourire, à l’instar de « Titanic » ou de « Maman, j’ai raté l’avion », mais n’hésitant pas à déclarer s’inspirer de grands peintres tels que Chagall, Picasso, Matisse ou encore Magritte et même de photographes tels que Nan Goldin, afin de faire de chaque plan un tableau à part entière.

« Mommy », ce film qui fait frémir les foules depuis des mois, peut-être en as-tu déjà entendu parler lorsqu’il était en préparation et que Xavier Dolan se faisait remarquer à ce moment-là pour l’audace du clip choc et politique d’Indochine, « College Boy » – optant déjà pour le format carré et pour le jeu d’acteur d’Antoine- Olivier Pilon -, puis quand en mai 2014 à Cannes, un smoking bleu électrique sur les épaules et des larmes près des yeux, il recevait le Prix du Jury au festival de Cannes, faisant de son discours de remerciement, une ode à la jeunesse et à l’espoir.

Mettre des mots justes sur ce film relève de l’inimaginable, tant la force qui s’y dégage est puissante. Les comparaisons sonneraient faux, les phrases d’éloge fades. L’histoire de trois personnages figés dans un temps qui semble suspendu, entre simplicité des petites merveilles de la vie et évènements délicats qui l’habitent, nous emporte sans nous en rendre compte. « Mommy », c’est la passion, cette passion de l’instant qui vous emporte, cette passion du moment qui ne reviendra pas. Ces instants futiles que l’on ne prend pas assez le temps de savourer, alors que l’on sait que jamais ils ne se reproduiront. Ces instants de magie éphémères étalés dans un carré, pour être encore plus près du coeur.

Quand l’amour et la violence débordent, quand la réalité nous rattrape et que le cinéma devient une expérience propre, le bouleversement est total. Dolan, à travers ce style qui lui appartient, nous livre ici une véritable leçon d’émotion, par les préjugés et les fatalités de la vie, mêlant la magie au classique, le délicat à l’excentrique, faisant de notre maman cet être à qui l’on a envie d’aller dire “je t’aime”.

Un éclat d’amour dans un cyclone dramatique. Entre euphorie et mélancolie.

Alors un soir, sans vraiment réfléchir, vas braver la nuit pour retrouver une salle obscure, qui te donnera beaucoup plus que tu ne l’aurais pensé.

 

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