« L’invitée », Simone de Beauvoir (1943), portrait d’un trio amoureux passionnel

Simone de Beauvoir, L’invitée (1943) © Folio

Publié en 1943 aux éditions Gallimard, « L’Invitée » est le premier roman autorobiograhique de Simone de Beauvoir (1908-1986), figure importante du milieu littéraire de la première moitié du XXe siècle. Librement inspirée de son histoire personnelle, Simone de Beauvoir décrit au travers des personnages de Pierre, Françoise et Xavière, le trio amoureux qu’elle forma aux côtés de Jean-Paul Sartre et Olga Kosakievicz. Une histoire d’amour passionnelle qui prit pour décor le Paris de l’avant-guerre.

          Dans le climat particulier de l’Entre-deux-guerres, Pierre Labrousse et Françoise Miquel, deux intellectuels, vivent une vie paisible constituée de mondanités et de représentations théâtrales. Pierre est un dramaturge parisien de renom et Françoise une écrivain réputée, tous deux baignent au sein du milieu littéraire parisien des années 1920. À l’arrivée de Xavière Pagès, une jeune provinciale venue s’installer à Paris, le couple décide d’élargir leur union et de l’intégrer au sein de leur idylle. Mais dans cet amour passionnel et mutuel que vivaient jusqu’à présent Pierre et Françoise, Xavière a du mal à trouver sa place. Exclusive, possessive et maladivement jalouse, elle n’aura de cesse de réclamer l’attention entière de Pierre, exprimant à l’égard de Françoise, qu’elle redoute autant qu’elle admire, une haine féroce. Le caractère de Xavière est complexe, tempétueux et sombre, il ne laisse place à aucune tendresse ni affection. Tantôt dépressive, méprisante et hautaine, elle s’attire les foudres de l’entourage de Pierre et Françoise qui l’a intégrée tant bien que mal au sein de leur cercle. Mais Xavière ne veut pas être aimée, elle éprouve un malin plaisir à se faire haïr de tout ceux qui l’approchent.

          Inspiré de l’union libre qu’elle forma avec son compagnon Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir décrit l’histoire tumultueuse qu’ils vécurent avec Olga Kosakievcz, une actrice de théâtre d’origine ukraino-polonaise. Par l’intermédiaire des personnages de Pierre, Françoise et Xavière, l’écrivain explique de manière implicite sa volonté de former un trio réussi et équilibré. Une entreprise ambitieuse si l’on prend en compte les jalousies de chacun. Par ce roman, l’auteure propose une réflexion sur le couple, la libération des mœurs et la cohabitation amoureuse. Des thématiques chères à l’écrivain qui les aborde avec une simplicité et un naturel désarmants. Jugé amoral durant les années 1940, l’ouvrage illustre la société d’une époque, celle du début du XXe siècle, entre débauche, mondanité et sexualité affirmée.

Cela faisait des semaines que Françoise n’était plus capable de réduire en inoffensives fumées la haine, la tendresse et les pensées de Xavière ; elle les avait laissées mordre sur elle, elle avait fait d’elle-même une proie. Librement, à travers ses résistances et ses révoltes, elle s’était employée à se détruire elle-même.¹

          Malgré la finesse de l’écriture de Simone de Beauvoir, on peine à trouver le roman percutant ou même passionnant. L’intrigue qu’elle décrit est des plus banales, sans véritable intérêt narratif, et l’évolution des personnages n’éveille aucun suspens ni aucune attente. Dès le premier quart du roman, les clés de la narration semblent avoir été données au lecteur pour comprendre d’un premier coup d’œil l’histoire dans son entièreté. La bravoure de Simone de Beauvoir réside toutefois en sa capacité à décrire de manière précise la psychologie des personnages. Au fil des pages, nous découvrons toute la palette des émotions intimes qu’ils ressentent. Leur jalousie, leur colère et leur souffrance sont rendues tangibles et perceptibles grâce à la finesse d’écriture de Simone de Beauvoir qui livrent avec Pierre, Françoise et Xavière, trois personnages à la personnalité complexe, troublante et profondément humaine.

¹ Simone de Beauvoir, « L’invitée », p 364.