« Mrs Hemingway », Naomi Wood (2017), Portrait amoureux du vieil homme solitaire

Mrs Hemingway (2017)
Écrit par Naomi Wood
Traduit de l’anglais par Karine Degliame-O’Keeffe
Collection Quai Voltaire, La Table Ronde

288 pages / 21 €
★★★☆☆

Mrs Hemingway (2017) de Naomi Wood aux éditions Quai Voltaire © La Table ronde

Paru en mai dernier aux éditions La Table Ronde, Mrs Hemingway, le premier ouvrage de l’auteure d’origine britannique Naomi Wood, se veut être un roman biographique. En donnant la parole aux quatre épouses successives d’Ernest Hemingway (1899-1961), l’écrivaine dresse le portrait sensible et intime de l’auteur américain qui fut au court du XXe siècle, l’une des personnalités littéraires les plus en vue du moment.

Ernest sans femme était un écrivain en mal d’une épouse ¹

           Hadley Richardson, Pauline Pfeiffer, Martha Gellhorn et Mary Welsh auront été les quatre amours officielles d’Ernest Hemingway. Quatre femmes au tempérament différent qui se sont tour à tour éprises du bel écrivain fougueux et passionné. Tout le long du roman, Naomi Wood livre un portrait complexe et touchant de l’auteur au travers du regard de ses épouses. Ses espoirs, ses joies éphémères jusqu’à ses excès de colère, tout y est consigné et romancé. À la manière d’un journal intime qu’auraient tenu au fil des années les quatre compagnes, le roman permet d’approcher au plus près la personnalité d’Ernest Hemingway, l’éternel amoureux transi.

          De nos jours, la réputation d’Ernest Hemingway n’est plus à faire en matière de séduction : il était un homme à femmes et il ne s’en cachait pas. Passionnément amoureux, il ne concevait pas une vie menée en solitaire et souhaitait être entouré de manière constante comme pour ne jamais devoir faire face à ses vieux démons (l’écrivain restera jusqu’à sa mort très marqué par le suicide de son père et les atrocités de la guerre). Tout au long de sa vie, l’écrivain demanda successivement en mariage quatre femmes. Quatre femmes aux personnalités distinctes qui auront chacune participé à une période clé de sa vie. Ainsi, la douce et rassurante Hadley l’accompagna durant ses débuts d’auteur, la distinguée Fife du temps de sa période mondaine, la fougueuse Martha durant ses activités de journaliste de guerre et l’aimante Mary dans les dernières années de sa vie jusqu’à son suicide en 1961. Tour à tour charmeur, charismatique et destructeur, Ernest Hemingway séduisait autant qu’il fascinait. Nulle ne semblait pouvoir résister à l’aura qu’il dégageait. Solaire au contact de ses amis mondains et chaleureux dans les bars qu’il fréquentait quotidiennement, Ernest Hemingway s’avérait être dans l’intimité du domicile conjugal, un personnage ombrageux en proie à la mélancolie et à la dépression. Des troubles intérieurs qu’il tentait de noyer dans l’alcool.

          Les années passent mais se ressemblent au grand dam d’Ernest Hemingway car l’écrivain ne se contentait jamais de l’épouse avec laquelle il partageait sa vie. Aussitôt marié, il était comme irrémédiablement poussé à commettre des infidélités avec de jeunes maîtresses dont il tombait progressivement amoureux et qu’il finissait par demander en mariage après avoir divorcé de sa précédente épouse.

Peut-être que la part sombre qu’Ernest portait en lui était plus lourde que celle du commun des mortels. Peut-être que cette noirceur emplissait sa gorge et son esprit comme la plus noire des encres. Aucun homme ne devrait être contraint de vivre avec autant de tristesse en soi, et si peu d’espoir de soulagement.²

Martha Gellhorn et Ernest Hemingway en voyage à Honolulu, Hawaii. © Allan Campbell, Collection Ernest Hemingway

          À travers Mrs Hemingway, Naomi Wood se place du point de vue des épouses, celles qui ont occupé le temps de quelques années le titre très convoité de Mrs Hemingway. Découpé en quatre parties bien distinctes – correspondant chacune aux quatre épouses -, le roman opte pour un parti pris exclusivement féminin. Un choix assumé de la part de l’écrivaine qui souhaitait rendre audibles les pensées les plus intimes des diverses compagnes. À trop se concentrer sur les états d’âmes des conjointes, l’auteure ne permet malheureusement pas une approche en toute objectivité d’Ernest Hemingway, personnage central du roman que l’on peine à approcher tant sa psychologie est décrite d’un point de vue extérieur et subjectif puisque féminin.

          De la fin des années 1920 aux années 1960, l’ouvrage retrace par l’intermédiaire d’une écriture fluide et sans artifice la vie romancée d’Ernest Hemingway. À la fois écrivain, correspondant de guerre, chasseur et pêcheur à ses heures perdues, Ernest Hemingway se sera avéré être un homme fragile en proie aux doutes et aux angoisses les plus profondes. Éprouvé par deux accidents d’avion en Afrique en 1954, l’auteur finira par mettre fin à ses jours le 2 juillet 1961 laissant sa dernière épouse Mary minée par le chagrin. Roman à quatre voix, l’ouvrage donne la parole à ces femmes aimées puis délaissées que l’amour n’aura pas épargnées. Des femmes aux foyer ou au contraire des femmes indépendantes qui ont mis entre parenthèses leur carrière pour vivre dans l’ombre du génie littéraire. D’une beauté bouleversante, Mrs Hemingway séduira les admirateurs de l’œuvre d’Ernest Hemingway, un écrivain à la personnalité séduisante et volage dépeinte en toute simplicité et authenticité.

¹ Naomi Wood, Mrs Hemingway (2017), Collection Quai Voltaire, La Table Ronde
² Naomi Wood, Mrs Hemingway (2017), Collection Quai Voltaire, La Table Ronde

 

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