Nice : Jusqu’où irons-nous dans l’horreur ?

L’attentat qui est survenu le 14 juillet 2016 à Nice semble avoir dépassé en horreur les attentats précédents tant le nombre de morts et de victimes est important. Si notre tristesse rejoint tout naturellement celle des Niçois, notre colère quant à elle se tourne vers les médias français, qui, en ayant donné la priorité au direct, ont montré à l’écran pendant plusieurs heures des images d’une rare atrocité. Des vues de corps ensanglantés ont ainsi afflué sous nos yeux ébahis, choqués et non préparés à une telle vision de massacre. Les chaînes de télévision telles que France 2 ou encore TF1 ont inlassablement repassé les mêmes séquences, celles filmées par les victimes de l’attentat. Si l’utilité de ces captations vidéos n’est plus à démontrer pour l’avancement de l’enquête actuellement menée par les forces de police, nous pouvons toutefois nous demander pourquoi elles ont été diffusées sur les chaînes de télévision publiques. Avions-nous réellement besoin de mettre des images sur l’atrocité commise ? De marquer aussi brutalement les esprits ?

          Puis, après l’horreur de l’attentat, survient celle des journalistes qui nous parvient dans son aspect le plus abjecte. France 2 a diffusé ce matin une interview d’un homme quelques minutes seulement après l’attentat. Nous apparaît alors cette vision surréaliste de cet homme en sang répondant face caméra aux questions d’un journaliste aux côtés des cadavres de son fils et de sa femme. La dignité et le respect semblent avoir fait place à la priorité du buzz et aux images choquantes. Face aux plaintes de plusieurs téléspectateurs, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) s’est vite emparé de l’affaire et France Télévisions a publiquement présenté ses excuses en début d’après-midi mais le mal n’a-t-il pas déjà été commis ?

Au cours de la nuit du 14 au 15 juillet, l’édition spéciale de France 2 consacrée aux événements dramatiques de Nice a diffusé un sujet montrant des témoignages et des images choquantes.

Ces images brutales, qui n’ont pas été vérifiées selon les usages, ont suscité de vives réactions. Une erreur de jugement a été commise en raison de ces circonstances particulières.

La diffusion de ce type d’images ne correspond pas à la conception de l’information des journalistes des équipes et de l’entreprise. France Télévisions tient à présenter ses excuses.

Les excuses de France Télévisions publiées en début d’après – midi

          Avec l’émergence et le triomphe des réseaux sociaux, il semble que nous ayons basculé dans une nouvelle ère où afflue un million d’informations brassées, faussées et non vérifiées jouant à celle qui sera la plus percutante et la plus choquante. Si les réseaux sociaux peuvent s’avérer d’une utilité évidente en pareille situation en mettant notamment en place le hashtag #PortesOuvertes (qui a permis aux victimes de trouver un abris pour la nuit), il ne faut toutefois pas oublier qu’internet, premier lieu d’informations peut se transformer en un brouhaha strident dans lequel les rumeurs les plus folles donnent voix à nos peurs les plus sombres. Ce qui n’étaient sur la toile que des rumeurs deviennent ainsi, par le manque de professionnalisme de certains journalistes, des faits avérés à la télé, diffusés notamment par des chaînes d’informations nationales telles que LCI.

Jusqu’où irons-nous dans l’horreur ?

Laisser un commentaire