Patrick Faigenbaum – Kolkata / Calcutta à la Fondation Henri Cartier Bresson

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Patrick Faigenbaum, 2011

Il s’agit d’éviter l’image de l’Inde éternelle ou pittoresque, sans pour autant favoriser une idée tout aussi caricaturale de la modernisation. […] Le choix de Calcutta permet d’explorer des couches historiques et de montrer comment elles se combinent dans une image en mosaïque ou en tissage.

Patrick Faigenbaum

         Né en 1954, Patrick Faigenbaum est l’une des figures majeures de la scène contemporaine artistique. Il est aujourd’hui connu pour avoir été le lauréat du prix Henri Cartier Bresson en 2013 pour son projet « Calcutta » actuellement exposé au sein de la fondation. L’exposition se propose d’illustrer à travers une trentaine d’oeuvres les six voyages successifs effectués en Inde par l’artiste à partir de 1995. Ancienne capitale britannique des Indes, Calcutta est au début du XXe siècle une ville en devenir au lourd poids des traditions ; une ambivalence que souligne le photographe à travers le titre « Kolkata / Calcutta » qui exprime le caractère moderne et traditionnel de la ville. Par ses photographies, l’artiste tend à dresser le portrait d’une métropole où se croisent et s’entremêlent quelques milliers d’Indiens. De grands formats, ces photographies s’imposent au sein de l’espace d’exposition et frappent le visiteur en lui donnant à voir une série de portraits grandeur nature.

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Patrick Faigenbaum, 2011

Les images de Patrick procèdent d’une vision intériorisée de la ville ; elles sont le résultat d’un regard subjectif, orienté par diverses personnes

Jean – François Chevrier , critique et historien d’art, rédacteur du catalogue d’exposition

          L’espace urbain est le lieu d’observation privilégié de l’artiste. Armé de son objectif, le photographe guette, traque et observe les habitants d’un quartier, les commerçants d’une avenue, les passants d’une rue. Cette même rue grouillante et bruyante fascine l’artiste qui voit en elle une multitude de sujets et de thèmes à explorer. Marcher dans la rue devient pour le photographe un motif suffisant pour être pérennisé par le biais d’un cliché. Si la rue le fascine, ce n’est pas pour son caractère documentaire mais à l’inverse pour son caractère anecdotique, banal et quotidien. La rue est un théâtre urbain où se croisent des individus au passé et au présent collectif commun.

          Si les photographies urbaines constituent plus de la moitié de la production de l’artiste, les portraits constituent quant à eux une composante essentielle de son travail. Reflets de l’intime, les portraits réalisés à partir de 1995 illustrent le statut privilégié d’un occidental qui aura pendant plusieurs décennies le privilège de pousser les portes de huis clos.

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Patrick Faigenbaum, 2011

Je compte produire une image complexe d’une région du sous – continent indien, qui en restitue à la fois la profondeur historique et les caractères les plus vivaces.

Patrick Faigenbaum

          Les portraits permettent au photographe de capter un moment, une situation, un personnage, en un mot, l’éphémère. Cette femme sur laquelle s’arrête le regard du photographe n’a pas de nom, pas d’identité car seules son attitude et sa posture importent. Elle n’est ni en mouvement ni complètement figée, elle est comme suspendue dans le temps. Elle semble ici poser pour le photographe tout en se dérobant sous son regard qu’elle n’affronte pas, qu’elle tente de fuir ; seuls son corps et ses mains nous interpellent, nous donnant à voir ce qu’elle est en train de faire.

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Patrick Faigenbaum, 2011

           Par ce portrait, à la référence italienne assumée, Patrick Faigenbaum semble rendre un hommage au plus grand des portraits jamais réalisés à l’époque moderne, celui de Mona Lisa par Léonard de Vinci (1503 – 1517). Reprenant de manière précise la posture des mains, des bras et du visage, le modèle défie du regard l’objectif tout en arborant une expression résignée et déterminée. Le décor de l’antichambre n’est pas sans nous rappeler celui des appartements privés du XVIIe siècle hollandais de Joannes Vermeer (1632 – 1675) auxquels l’artiste reprend le motif de la porte en arrière – fond ainsi que le caractère intimiste de la scène représentée.

          Véritables portraits d’une ville, ces photographies représentent le visage d’une Inde en mutation, oscillant entre le poids des traditions et l’avenir économique suggéré par Bombay ou encore New Delhi, les grandes métropoles du pays. Par ses clichés, l’artiste se situe dans un entre – deux, composant avec les traditions du pays tout en incluant à son travail la part de modernité que suggère l’élan économique que connaît actuellement la ville. Poétique, l’oeuvre de Patrick Faigenbaum est à découvrir jusqu’au 26 Juillet à la Fondation Henri Cartier Bresson, à bon entendeur …

Patrick Faigenbaum, Kolkata – Calcutta

A la fondation Henri Cartier Bresson

jusqu’au 26 Juillet

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