Peindre l’impossible au Musée Marmottan Monet

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Edvard Munch, Neige fraîche sur l’avenue, 1906, Oslo, Munchmuseet, © Munch Museum

          En choisissant comme sous-titre de son exposition les termes « Peindre l’impossible », le Musée Marmottant Monet met en exergue le leitmotiv obsessionnel des trois peintres à l’importance majeure : Monet (1840-1926), Hodler (1853-1918) et Munch (1863-1944). L’exposition nous présente le défi pictural qui agite les artistes de la seconde partie du XIXe siècle aux premières décennies du XXe siècle, le défi de représenter la Nature. Claude Monet, peintre français et père de l’Impressionnisme, Hodler, artiste suisse marquant le mouvement symboliste, puis enfin Munch, peintre norvégien faisant parti du néo-impressionnisme et précurseur du courant expressionniste. De la même époque mais de générations différentes, Monet, Hodler et Munch sont regroupés ici, dynamitant alors les limites opaques qui séparent les courants de l’Histoire de l’art traditionnelle. En effet, sans se connaître, se croiser ou se ressembler, ils ont mené dans leurs travaux les mêmes recherches artistiques et étudié la nature afin de représenter son essence.

          Bien que nous sachions qu’Hodler et Munch ont étudié Monet, nous ne savons pas si cette observation a été réciproque pour le père de l’Impressionnisme, ce dernier ayant tant bouleversé les codes de la représentation traditionnelle de la nature qu’il va de soit qu’il ait inspiré les artistes qui lui ont succédé. L’exposition nous rappelle d’ailleurs l’impact qu’eut Monet sur la peinture de la seconde moitié du XIXe siècle en nous proposant l’œuvre Impression, Soleil levant (1872). Enjeux majeurs de cette toile qui s’appliquent autant à celles de Hodler et Munch : comment représenter les astres ? Comment reproduire les rayons du soleil, leurs reflets sur la Terre et sur le Ciel ? Si Monet tentait de capturer le caractère fugitif et transitoire de la nature, Hodler et Munch désiraient d’avantage retranscrire la vision interne et subjective qu’ils en avaient.

14798932_10210362591763582_1667067349_nClaude Monet, Impression, soleil levant, 1872, Musée Marmottan Monet © Christian Baraja

          Organisée autour de différentes thématiques qui constituent la « peinture de paysage », l’exposition présente dans chaque salle une préoccupation picturale : Montagnes, Soleils et Lunes, Neiges, Eaux. Ludique, la scénographie nous permet de regarder les œuvres des trois artistes sur un même sujet et d’en apprécier les différences ou bien les similitudes. La neige, chez Monet sera reflétée dans l’eau au sein d’un paysage paisible qui donne froid au spectateur, c’est la recréation de toute une atmosphère glaciale dans son œuvre La Débâcle de Vétheuil (1880). Chez Hodler, elle sera bleutée et rosée, esquissée par un pinceau épais et déposée sur une montagne que l’on croirait sortie d’un rêve, dans Le Monch dans les nuages (1911). Enfin, chez Munch, la neige a des reflets vermillons et verts, des lignes sinueuses, elle est angoissante et infinie dans Paysage de neige, Thuringe (1906). Ainsi, autour d’une préoccupation commune, les trois peintres nous dévoile les facettes différentes d’un paysage enneigé, des reflets que l’on ne remarque pas, aux sensations qu’il provoque en nous.

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Ferdinand Hodler, Le Mönch dans les nuages, 1911, collection particulière

          On reprochera toutefois à cette organisation scénographique la présence des thématiques «Réalismes » et « Couleurs » qui ne font pas grand sens au milieu des paysages. On pourrait également trouver dommage que l’exposition n’évoque pas d’autres genres que celui du paysage. En effet, Monet, Hodler et Munch se sont tout autant intéressés à représentation de la nature qu’à celle de la figure humaine, dépeignant ainsi les visages de leur pays. Durant la seconde partie du XIXe aux premiers temps du XXe siècle, l’Europe connaît divers bouleversements et crises, en passant par la Révolution industrielle qui agite et à la fois effraie les populations, à l’invention de la photographie, qui pour certains est un nouveau médium de création ou bien qui pousse d’autres à d’avantage s’émanciper du réel. Ceci, les artistes le sentent, le recréent et il aurait été agréable d’évoquer cet aspect qui est similaire à leur carrière. On aurait, par exemple, pu confronter l’œuvre de Monet La Plage de Trouville, personnages dans un paysage balnéaire paisible, preuve d’une nouvelle classe sociale appréciant les évasions, à l’œuvre de Munch, Anxiété , flâneurs aux figures blêmes et lignes onduleuses qui traduisent « l’angoisse fin de siècle » omniprésente dans l’œuvre de ce dernier et la pensée européenne de l’époque.

Hodler, Monet, Munch, Peindre l’impossible
Au  Musée  Marmottan Monet
Du 15 septembre 2016 au 22 janvier 2017