La revue cinéma du mois de mars

Lion
Réalisé par Garth Davis (2017)
Drame
★★★★★


          Inspiré de faits réels, Lion, le nouveau long métrage de l’Australien Garth Davis, relate l’enfance du jeune Saroo passée dans les faubourgs d’une Inde en proie à la pauvreté. Perdu à l’âge de cinq ans après avoir accompagné de nuit son grand frère Guddu pour l’aider à travailler, Saroo se retrouve seul dans un train traversant le pays qui l’emmène à des milliers de kilomètres de son village natal et de sa famille. Entre mendicité, vol d’enfants et famine, il réussira à survivre au sein de l’immense ville de Calcutta, n’ayant de cesse d’écouter son instinct de survie qui le poussera à échapper aux griffes de receleurs d’enfants et de malfaisants. Recueilli par les autorités indiennes qui le confient à un orphelinat, Saroo aura la chance d’être adopté par un couple d’Australiens qui lui offrira stabilité et amour familial. Mais le jeune Saroo, une fois adulte, sera en proie aux doutes et souhaitera trouver des réponses aux questions qu’il se pose depuis son enfance. S’ensuivent des mois et des années de recherches autour de ses origines et de son passé qu’il voudra retrouver coûte que coûte pour enfin trouver la paix intérieure à laquelle il aspire.

          Réalisateur inconnu jusqu’alors, Garth Davis livre avec Lion un film d’une émotion rare, bouleversante et profondément touchante. Avec ce biopic, c’est l’enfance de quelque 80 000 jeunes Indiens qu’il décrit, entre errance et solitude, misère sociale et pauvreté. Brillamment interprété par le jeune acteur indien Sunny Pawar et par le Britannique d’origine indienne Dev Patel, le personnage de Saroo attendrit le spectateur qui se prend de compassion pour cet enfant désorienté. Nommé aux Oscars dans la catégorie « Meilleur film », Lion est une adaptation du récit autobiographique « Je voulais retrouver ma mère » (2014) de Sarro Brierley, le vrai héros de l’histoire. Après Slumdog Millionnaire (2009), Lion incarne un genre cinématographique à la croisée de la fiction et de l’autobiographie, entre romance et documentaire, n’ayant qu’une seule ambition : témoigner de notre réalité contemporaine.

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Par Chirine Hammouch

Grave

Réalisé par Julia Ducournau (2017)
Horreur
★★★★★


          Pour son premier long métrage Grave (2017), présenté en 2016 au Festival de Cannes à l’occasion de la Semaine de la critique et actuellement en salles, la réalisatrice française Julia Ducournau explore la thématique du cannibalisme par le prisme de la métamorphose. À la fois comique et semi-tragique, le film polymorphe n’appartient à aucun genre cinématographique précis. Pour le moins original, le synopsis relate le passage au cannibalisme de Justine, une jeune étudiante de seize ans, qui, après un bizutage au sein d’une école de vétérinaire, est contrainte de manger un morceau de viande crue. Ce sera le début d’un processus de transformation, aux limites de l’horreur et de l’épouvante. Tout au long du film, le spectateur assiste à l’évolution du personnage de Justine. Sous des traits tirés, la jeune fille adopte progressivement des aspects félins et s’oriente vers le cannibalisme. Une pratique animale qui la met face à ses pulsions les plus intimes et qui change son rapport à l’autre.

          Fascinée par le corps, Julia Ducournau opte pour un rapport organique sans tabou ni gêne honteuse. Dans ses courts métrage Mange et Junior, le corps est un protagoniste à part entière, la clé de voûte de ses créations, le fil angulaire de ses intrigues. C’est d’ailleurs tout autour de lui que s’articule Grave. À la fois objet de plaisir et de découvertes, il rend le personnage de Justine à l’état primitif, presque animal. Hypnotique, Grave provoque chez les spectateurs un choc visuel puissant. La réalisatrice ne s’en cache d’ailleurs pas. Face à cette vue de l’horreur aux confins de la fascination et du morbide, plusieurs spectateurs ont été pris de nausées. Un film à découvrir pour une expérience qui vous provoquera des sensations inédites !

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Par Fiona Piroué Sheppard

Dalida
Réalisé par Lisa Azuelos (2017)
Biographie
★★★★☆


          Nous en entendions parler depuis des semaines, voire des mois. La bande-annonce avait été diffusée sur les réseaux sociaux et les grandes chaînes nationales à coût d’une importante campagne de communication. Acclamé par le public, Dalida est sans conteste le film évènement de ce début d’année. Réalisé par Lisa Azuelos, (une réalisatrice française connue pour les films Lol (2008), Lol USA (2012) et Une rencontre (2014)), le biopic n’en a pas fini de faire parler de lui depuis sa sortie en salles le 11 janvier dernier. Conçu en étroite collaboration avec Orlando, le frère de Dalida, le film relate trente années de la vie de la chanteuse, entre passion tumultueuse et bonheur éphémère, joie intense et profonde mélancolie. Sveva Alviti, une jeune actrice d’origine italienne, interprète avec finesse la personnalité tourmentée de Dalida, une icône pop qui marqua plus d’une génération.

          Si le film ne semble pas avoir séduit la presse française, (L’Express affirme qu’il « reste en surface des situations et des personnages » et Libération « qu’il embrasse une à une les conventions de forme et de narration les plus éculées du genre, égrenant les évènements de la vie de son héroïne avec la verve créative de n’importe quelle hagiographie télévisuelle »), c’est peut-être parce que le long-métrage semble s’inscrire dans la mouvance des films français souhaitant incarner à l’écran les idoles des précédentes générations. Dalida succède ainsi à Cloclo, interprété en 2012 par Jérémie Renier, et reprend un genre cinématographique qui irrite de plus en plus ceux qui voient en ces biopics des récits de vies romancées. Quoiqu’il en soit, Dalida enchante le grand public qui lui livre l’une des plus belles réalisations cinématographiques vues ces derniers mois sur grand écran. Le film, vibrant d’émotions, ravira les nostalgiques et les fans de la chanteuse qui restera indéniablement, l’une des plus grandes artistes du XXe siècle.

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Par Chirine Hammouch