La revue cinéma du mois !

Les figures de l’ombre
Réalisé par Theodore Melfi (2016)

Drame historique
Film américain

Avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monáe
★★★☆☆

Les Figures de l'ombre (2016)

Les Figures de l’ombre (2016), réalisé par Theodore Melfi

Adapté du premier roman de l’écrivaine américaine Margot Lee Shetterly, Les figures de l’ombre du réalisateur Theodore Melfi est un vibrant hommage à trois héroïnes afro-américaines : la mathématicienne Katherine Johnson (Taraji P. Henson), la physicienne Mary Jackson (Janelle Monae) et l’informaticienne Dorothy Vaughan (Octavia Spencer). Trois femmes qui ont activement contribué à la préparation scientifique de l’envoi sur la lune du premier homme américain.

          Alors que l’Union soviétique réalise l’exploit mondial d’envoyer le premier homme dans l’espace le 12 avril 1961, les États-Unis ne cessent d’inventer de nouvelles formules scientifiques pour concevoir des missions spatiales. Dans cette course à l’espace, les femmes noires du département des calculs de la NASA occupent une place stratégique mais non moins considérée. Elles préparent silencieusement  les trajectoires des fusées, des capsules et des spationautes, tout en se voyant refuser l’accès aux plus hautes fonctions du système. Entre ségrégation et injustices sociales, le film prend pour décor l’État de Virginie des années 1960. Au sein du Langley Memorial Aeronautical Laboratory de la NASA, les trois femmes se battent pour que leurs droits les plus élémentaires leur soient accordés. C’est ainsi que Katherine Jackson réclame, lorsqu’elle intègre la prestigieuse équipe des ingénieurs des missions Freedom 7 et Friendship 7, que les toilettes jusqu’alors réservées aux personnes de couleur blanche, lui soient accessibles. Un combat personnel qui en dit long sur la mentalité et les préjugés de l’époque. Parallèlement à ces avancées sociétales, les travaux des trois scientifiques aboutissent à l’envoi du premier Américain dans l’orbite, John Glenn en février 1962. Les figures de l’ombre, dernier long métrage de Theodore Melfi met en lumière près d’un demi-siècle plus tard l’incroyable ascension des astrophysiciennes afro-américaines qui ont largement participé à la gloire nationale en préparant les calculs scientifiques nécessaires aux convois spatiaux menés par la NASA.

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Le procès du siècle
Réalisé par Mick Jackson (2017)
Drame
Film britannico-américain
Avec Rachel Weisz, Tom Wilkinson et Timothy Spall
★★☆☆☆

Le Procès du siècle (2017), réalisé par Mick Jackson

          Réfuter les thèses négationnistes concernant l’existence des chambres à gaz, tel est le sujet du nouveau film de Mick Jackson, Le procès du siècle. Alors que l’on pouvait s’attendre à un film essentiellement porté sur la Shoah et l’antisémitisme, le réalisateur choisit un angle bien précis : celui du négationnisme par le biais du procès dans lequel s’engagent l’auteure Deborah Lipstadt (Rachel Weiz) et l’historien David Irving (Timothy Spall). Un procès non pas mené sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale mais sur les propos révisionnistes tenus par David Irving.

          En visionnant la bande-annonce (fort alléchante) du film, nous étions en droit d’espérer une reconstitution partielle ou totale de l’Holocauste afin de recontextualiser les faits et la période historique relatés par les protagonistes. Or il n’en est rien. Aucune image de synthèse ne reconstitue les chambres à gaz du camps d’Auschwitz, aucune photographie ne témoigne de l’horreur, aucun rescapé ne débat. En somme : aucune preuve irréfutable n’est montrée pour attester que l’extermination du peuple juif a bien eu lieu par l’emploi de chambres à gaz. Et c’est tout particulièrement ce sur quoi se fonde le film : l’absence de preuves réfutant la thèse négationniste. Si aucune preuve ne semble être assez pertinente pour contrer les arguments avancés par l’historien David Irving, la défense amassée autour de la chercheuse Deborah Lipstadt devra, force de propositions et d’études, démontrer la véracité de l’histoire et prouver de l’authenticité de l’Holocauste. 

          À l’heure où le Front National (deuxième parti politique en lisse pour l’élection présidentielle) revisite l’histoire et la mémoire collectives au profit d’une récupération politique (Marine Le Pen a récemment déclaré que la France n’était en rien responsable du Vél’ d’Hiv et avant elle Jean-Marie Le Pen affirmait en 2015 que les chambres à gaz constituaient un détail de l’histoire), le message véhiculé par Le procès du siècle résonne dans tous les esprits. Plus qu’un film porté sur le négationnisme, il s’agit d’un film nécessaire pour le devoir de mémoire, qui permet de ne pas oublier que l’horreur commise peut un jour, comme le soulignait Winston Churchill, se reproduire si des générations nient les erreurs de leur passé.


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La Consolation
Réalisé par Cyril Mennegun (2017)
Drame
Film français
Avec Alexandre Guansé et Corinne Masiero

★★★★☆

La consolation (2017), réalisé par Cyril Mennegun

          Poétique et mélancolique, La Consolation, le dernier long métrage du réalisateur français Cyril Mennegun est notre révélation cinématographique du moment. Après Louise Wimmer (2012), le scénariste revient sur le devant de la scène avec un film aux antipodes de son premier succès, misant cette fois-ci sur un film intimiste où les silences et les non-dits occupent une place de premier plan. Un parti pris osé qui divise la critique, partagée entre acclamation et détestation. Le récit tout en délicatesse que fait Cyril Mennegun du deuil, fait de son film une œuvre authentique, belle et touchante, sublimée par les mélodies teintées de douceur de Schubert, Liszt ou encore Bach.

          Réalisé en seulement dix-neuf jours et avec un budget très restreint, La Consolation aura été un film produit « avec peu d’argent et de temps », comme le confesse le réalisateur. Mais qu’importe, le résultat artistique et magistral, éblouit le spectateur par sa capacité à rendre palpables les émotions les plus intimes et à rendre tangibles la douleur et la souffrance causées par le deuil. Le long métrage épate par son économie de détails et la puissance des scènes où étreintes et pleurs se combinent pour livrer des images à la poésie profonde. Avec La Consolation, Cyril Mennegun nous permet de retrouver Corinne Masiero dans un tout nouveau registre qui semble lui aller à la perfection et découvrir par la même occasion Alexandre Guansé, un jeune acteur prometteur que nous retrouverons à coup sûr sur grand écran très prochainement.

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