« Tatoueurs, tatoués » au Quai Branly

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© Jake Verzosa – Portrait

        A bien des égards, l’exposition « Tatoueurs, tatoués » proposée par le Quai Branly se révèle particulièrement intéressante. D’une part car elle interroge la définition de l’art dans notre monde contemporain en soulignant notamment l’émergence du « body art ».

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© Bouddha Yang / Lion bouddhique – XXIe siècle

          Avons – nous fait un pas au sein de l’exposition, que nous nous retrouvons confrontés à des photographies d’hommes et de femmes tatoués de toute origine et situation ; notre œil pouvant aussi bien s’arrêter sur un Portrait de Maras, dont les tatouages font référence aux milieux de la criminalité que sur des photographies de personnes aux tatouages éminemment religieux. Photographies qui, il faut le souligner, sont toujours accompagnées de textes explicatifs car il faut avouer qu’encore aujourd’hui, la signification des tatouages reste pour beaucoup d’entre nous bien obscure.  

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© Marc Garanger – Femme berbère

          Consacrée aux tatouages, l’exposition en montre l’évolution au fil des siècles. Pour ce faire, plusieurs salles sont consacrées aux tatouages dits « primitifs » où il est expliqué que le tatouage avait pendant longtemps un rôle purement religieux – et, bien que ce terme soit quelque peu anachronique, social notamment autour de rites de passages servant à affirmer l’appartenance d’un individu à une société – et, ce plus particulièrement dans les sociétés africaines, océaniques et orientales. Au contraire, dans les sociétés occidentales, le tatouage a longtemps été marque de criminalité.

          De part l’opposition entre ces deux conceptions, cette exposition souligne bien le caractère antinomique qu’a put avoir la symbolique du tatouage dans le temps. De nombreuses photographies viennent étayer cette opposition. Des moulages de corps humains ont par ailleurs été préparés en vue d’être tatoués par des artistes sous les yeux des spectateurs. Ce qui importe n’est donc ici plus seulement l’œuvre achevée mais bien la technique de l’artiste ; son savoir – faire est autant mis en avant que le résultat de son travail. Il faut noter qu’aujourd’hui, le tatouage est avant tout considéré pour sa valeur esthétique, à tel point qu’il tend à devenir une forme artistique à part entière. Et c’est là qu’apparaît tout l’enjeu de l’exposition. Montrer l’évolution de l’art dans notre société en consacrant toute une exposition à un genre qui, bien que connu de tous, a du mal à s’imposer au sein des milieux artistiques.

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© Marc Garanger – Portrait d’une femme algérienne

          Il est donc dès lors plus aisé de comprendre l’une des raisons principale ayant conduit à proposer une telle exposition, l’importance croissante que prend le tatouage dans notre société, notamment chez les jeunes. Il suffit de citer quelques chiffres pour en comprendre la portée : selon l’Institut français d’opinion publique (l’Ifop), 18% des moins de 35 ans sont tatoués (contre seulement 6% des plus de 35 ans) alors que 17% d’entre eux projettent de se faire tatouer (contre 2% pour les plus de 35 ans). Pourquoi citer de tels chiffres ? Ceux-ci mettent en lumière l’une des finalités de cette exposition. Rapprocher les jeunes d’un art en constante évolution qui ne se limite plus aux simples Beaux-Arts. Mais sans vouloir simplement toucher un audimat plutôt jeune, cette exposition parvient de part sa diversité à toucher un public bien plus élargi : comme je l’énonçais précédemment on y découvre des tatouages liés aux rites de diverses communautés. Un exposition instructive tant sur le plan artistique que sur un plan plus ethnologique donc, et c’est bien là ce qui en fait tout son charme.

Visite guidée de l’exposition 

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