The young lady (2017), une romance sanglante

The young lady
Réalisé par William Oldroyd (2017)
Drame
★★★☆☆

The Young Lady, réalisé par William Oldroyd (2017) © Kmbo Films

Première œuvre cinématographique d’ampleur du réalisateur britannique William Oldroyd, The young lady est le film sensation du moment. Sulfureux, le long-métrage, très largement inspiré du roman « La Lady Macbeth du district de Mtsensk » de l’écrivain Nikolaï Leskov (1865), revisite la célèbre tragédie de cette héroïne au romantisme noir.

          The young lady relate le quotidien de Katherine (Florence Pugh), une jeune femme vendue à son mari qui doit débuter sa nouvelle vie au sein d’un manoir sombre et lugubre. Vivant en rase campagne, elle passe ses journées à rêver et dormir. Son époux, envers lequel elle ne ressent que mépris et ressentiment, ne daigne pas lui parler ni même la toucher. Durant les nombreux déplacements qu’il opère, Katherine tente de s’occuper en son absence et trouve en Sebastian (Cosmo Jarvis), un jeune palefrenier au service du domaine, une source de distraction. Mais bientôt leur histoire d’amour devra se vivre cachée du regard méfiant de la domestique Anna (Naomi Ackie).

          Entamée sur une tentative de viol, la romance que vivent Katherine et Sebastian peine à convaincre tant elle ne semble être constituée que de violentes pulsions sexuelles. On ne comprend que difficilement l’amour passionnel qui anime les deux protagonistes que tout oppose. On reprochera  au réalisateur  de ne pas avoir assez approfondi la relation conflictuelle qu’entretient Katherine et son mari. Une figure importante qui illustre à elle seule tous les interdits que Katherine tentera de détourner. Face à son mari et son beau-père oppressants, elle n’aura de cesse de revendiquer sa liberté et son esprit de rébellion, malgré l’univers conservateur et oppressant de la bourgeoisie rurale du XIXe siècle. « Dans la littérature de cette période, les femmes comme Katherine souffraient en silence, dépérissaient ou se suicidaient. Mais dans The young lady, nous avons une jeune femme qui veut se battre pour son indépendance et décide de son propre destin de manière sanglante », explique la scénariste Alice Birch.

The Young Lady, réalisé par William Oldroyd (2017) © Kmbo Films

          On soulignera par ailleurs le jeu remarquable plein de malice de la jeune actrice Florence Pugh en opposition à celui de Cosmo Jarvis pas assez crédible aux yeux du spectateur. Fade et sans réelle personnalité, il semble être là à titre de figurant alors même que toute l’intrigue se fonde sur son apparition. En regard du rôle de Sebastian, celui d’Anna, brillamment interprété par Naomi Ackie, éclaire d’un regard lucide la série d’évènements tragiques qui se dérouleront sous ses yeux horrifiés. Silencieuse et muette mais pas moins intelligente, elle sera tout au long du film la complice du spectateur. Employée comme bouc-émissaire, elle subira bon nombre d’affronts. Belle et sensuelle, Florence Pugh rappelle quant à elle la beauté laiteuse des modèles de quelque artistes préraphaélites du XIXe siècle. Une beauté dangereuse qui appelle irrésistiblement au crime. Passionnée et rageusement amoureuse, Katherine sera prête à tout pour vivre son amour au grand jour et dissimuler une violence latente inouïe. Proche de la folie, elle sera sujette à la suspicion de ses domestiques et de son entourage, témoins impuissants de sa folie meurtrière. L’évolution du personnage de Katherine est fascinante car « nous voyons une innocente jeune fille se transformer en une femme capable de faire des choses monstrueuses. Ce qu’elle fait est mal mais, malgré tout, le spectateur ressent de la sympathie pour elle et veut qu’elle réussisse », explique Florence Pugh.

          Inspiré du roman « La Lady Macbeth du district de Mtsensk » écrit par le Russe Nikolaï Leskov en 1865, le film reprend les thématiques chères au XIXe siècle : la soumission des femmes dans la société et les passions interdites. Développée par Dostoïevski, la tragédie a par la suite été adaptée en opéra par Chostakovitch vers 1930, avant d’être aujourd’hui revisitée par William Oldroyd. Inconnu en France, le réalisateur signe avec The young lady, un premier long métrage audacieux. Un film d’époque réalisé avec peu de moyens mais qui convainc par la vraisemblance des décors et des costumes. Avec son style épuré et austère, le film plonge le spectateur dans une atmosphère brumeuse empreinte de mystère qui subjugue.

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