UN CAFE AVEC CAMELIA JORDANA

© Camélia Jordana

Après un passage remarqué à la Nouvelle Star en 2009 et un premier album éponyme salué par les critiques, Camélia Jordana a sorti un deuxième album en septembre 2014 intitulé Dans la peau. Toujours entourée de Babx et Matthieu Boogaerts, elle nous propose 14 titres particulièrement bien écrits où sa voix est toujours aussi originale que plaisante !

Nous l’avons rencontrée il y a quelques jours avant l’un de ses derniers concerts de 2015 afin de discuter de son album, de cinéma et de ses engagements.

  • Quatre ans séparent vos deux premiers albums. Comment avez-vous appréhendé la préparation du deuxième album ?

C’est vrai que pendant quatre ans, j’ai eu la chance de participer à plein de projets très différents les uns des autres, j’ai fait du cinéma, j’ai participé à un opéra contemporain, à de la musique pour des projets avec des copains, ça m’a vachement nourrie. Du coup, j’avais plein d’histoires à raconter, plein de choses à écrire. Je voulais que ce soit Babx qui réalise l’album, donc on a beaucoup travaillé en binôme, je lui ai envoyé des chansons, des choses produites de manière très rapide sur Garageband. Après, on a travaillé en trio avec mon directeur artistique Thierry Planel. Cela a été très efficace, très fluide car j’avais une grande confiance en eux !

  • Lorsque l’on écoute l’album, la chanson Ma gueule apparaît comme très marquante. Comment l’avez-vous écrite ? Etait-ce un besoin d’exprimer un ressenti très personnel ?

Oui, vraiment ! C’est une chanson que j’ai écrite après avoir assisté à une scène très raciste dans le métro. Cela faisait déjà un moment que je voulais écrire sur l’intégration, sur l’immigration, sur la Guerre d’Algérie, sur mes origines, sur le racisme… tous ces thèmes étaient mélangés dans ma tête. À la suite de cette scène-là, je suis rentrée chez moi et j’ai ouvert un lien que ma sœur m’avait envoyé, c’était un documentaire sur un auteur algérien qui s’appelle Kateb Yacine dans lequel il parle beaucoup de la France, de l’Algérie, des travailleurs algériens à Paris après la guerre d’Algérie. Suite à ça, je me suis mise au piano et étonnement, c’est la seule chanson pour laquelle j’ai eu une écriture spontanée, automatique. C’est de cette manière qu’est née Ma gueule… Finalement «grâce» à ce que j’ai vu, j’ai réussi à trouver l’angle par lequel je pouvais aborder ce sujet-là.

  • Finalement, cette chanson n’est pas spécialement autobiographique ?

Elle l’est devenue… Sur le moment, quand je l’ai écrite, non, je voulais parler de ce pauvre monsieur dans le métro. Quand je l’ai envoyée à Babx, justement, il m’a dit «enfin tu écris une chanson sur toi» alors je lui ai dit que ce n’était pas le cas. Je dis dans cette chanson «Ma gueule d’étranger» et non pas «d’étrangère» mais c’est vrai qu’avec le temps, je me dis que c’est la chanson qui parle le plus de moi.

 

  • Toutes les chansons que vous avez écrites ont un vrai sens, un vrai propos qui révèlent une très grande maturité pour 23 ans. Diriez-vous que vous l’avez toujours été ou c’est ce parcours atypique qui vous a fait grandir très vite ?

Disons que depuis toute petite, j’ai tendance à être amie avec des gens plus âgés. Depuis mes 16 ans, je suis avec des gens qui ont entre 30 et 50 ans donc j’ai fini par avoir un décalage avec les gens de mon âge. C’est bizarre mais depuis l’été dernier, je suis de plus en plus émue, attirée, intriguée par les gens de mon âge et donc j’ai de plus en plus d’amis qui ont mon âge… je ne me l’explique pas trop (rires).

  • Pourquoi avez-vous choisi de donner à l’album le titre de la chanson Dans la peau ?

Parce qu’avec Dans la peau, il y a cette idée d’absolu et pour cet album, je me suis dit que c’était la dernière fois que je m’autorisais à faire quelque chose d’aussi pop, d’aussi jeune parce que justement l’album est, parait-il, mature mais je le trouve quand même encore assez jeune… Donc Dans la peau correspondait bien pour représenter l’album car c’est la seule chanson assez légère, très pop.

  • On vous retrouve également au cinéma. Vous êtes actuellement à l’affiche de Nous trois ou rien de Kheiron. Comment s’est faite votre arrivée dans cet univers ? Etait-ce une envie que vous aviez déjà ou est-ce qu’on est venu vous chercher ?

C’est une envie que j’avais déjà, de manière très présente. J’en avais parlé à mon premier manager en lui disant que si mes rêves se réalisaient et d’autant plus aussi facilement, j’en avais un autre sur la liste, celui de faire du cinéma. J’avais fait du théâtre et j’avais vraiment très envie d’être comédienne. Je ne savais pas du tout comment faire donc il m’a beaucoup aiguillée, aidée à trouver un agent pour faire des castings, rencontrer des metteurs en scène, des réalisateurs. Ça fait désormais quatre/cinq ans que je tourne et j’en suis très heureuse. On m’envoie de plus en plus de projets. Là, le film de Kheiron rencontre un joli succès donc c’est chouette car ce film me touche beaucoup.

  • Un projet au cinéma à venir ?

Oui, j’ai un tournage qui commence en avril pour un premier rôle donc c’est super mais malheureusement je ne peux pas en dire grand chose pour le moment !

  • Pour finir et avec beaucoup de pudeur, nous souhaiterions revenir sur votre participation à la Cérémonie d’hommage aux victimes des attentats du 13 novembre… Vous avez interprété Quand on n’a que l’amour avec Nolween Leroy et Yaël Naïm. Comment l’avez-vous vécu ?

Me concernant, c’est Vincent Frérebeau de Tôt ou Tard qui m’a appelé, à qui on a demandé d’organiser cet hommage-là. Il a donc proposé ce trio-là. Lorsqu’il m’a appelée, il m’a bien dit que je n’étais pas du tout obligée d’accepter mais je lui répondu que ce serait avec grand plaisir. C’était l’occasion pour moi de réagir face à ces horreurs et il n’y avait pour moi pas d’autre manière que la musique. La chanson avait été choisie préalablement et nous étions toutes les trois, évidemment, d’accord pour interpréter cette chanson en particulier !

Les indiscrétions du Contemporain

© Le Contemporain / Camélia Jordana

  • Votre dernier coup de cœur cinématographique ?

J’en ai deux, trois… Il y a le film de Kheiron, Nous trois ou rien, que j’ai adoré. Il y a El Club qui est un magnifique film qui se passe au Chili. Il y a aussi le film d’Orelsan, Comment c’est loin.

  • Votre dernier coup de cœur littéraire ?

L’Astragale qu’on m’a offert. J’avais vu le film avant de lire le livre et d’ailleurs le film est un coup de cœur aussi.

  • Votre dernier coup de cœur live ?

Jeanne Added et Karoline Rose. Karoline Rose, c’est monstrueux… c’est une franco-allemande qui a fait la première partie de Jeanne Added à la Cigale et qui est produite par Babx.

  • La personne avec laquelle vous aimeriez collaborer ?

Kendric Lamar et James Blake !

  • La chanson que vous avez préféré interpréter à la Nouvelle Star ?

J’ai adoré interpréter celle de Blondie mais quand je l’ai vu, j’ai trouvé ça vraiment mauvais. J’ai aimé faire celle des Moldy Peaches, Anyone else but you et j’ai adoré aussi chanter Le coup de soleil.

Camélia Jordana

Album Dans la peau disponible partout

Laisser un commentaire