Un café avec Christophe Faso 

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Christophe Faso, le 31 août 2016 © Chirine Hammouch

          Installé au sein de son atelier parisien, dans le 11e arrondissement, Christophe Faso est un artiste-peintre contemporain dont l’œuvre picturale abstraite et figurative se rapproche à bien des égards du courant expressionniste allemand des années 1910 et de la période moderniste des années 1960. Mais réduire l’artiste à un courant artistique bien précis serait réducteur, car le peintre s’illustre par un univers personnel, riche et éclectique qu’il met en avant en s’éloignant volontiers d’un rapprochement avec la généalogie artistique. Nous l’avons rencontré à l’occasion d’une visite privée de son atelier, menée en collaboration avec le site de vente d’œuvres d’art Advizart. Une rencontre ponctuée d’anecdotes artistiques et personnelles sur le statut de peintre dans notre société actuelle.

          Réalisées en 2006, les premières créations de Christophe Faso sont vives et colorées et représentent déjà les créatures humaines qui caractériseront par la suite son entière production. Ses personnages sont décharnés mais ils sont comme le précise l’artiste « bien vivants ». Ils ont une rage de vivre qu’expriment avec force les couleurs employées par le peintre. Des teintes colorées et puissantes qui illustrent la fulgurance de la vie par le moyen d’une touche épaisse et spontanée. Ces toiles interpellent le spectateur et l’amènent à composer à son tour la toile par le moyen de son imagination. Car aucune clé, ni aucune indication ne lui sont fournies, pas même le titre de la toile qui est parfois volontairement dissimulé par l’artiste pour laisser libre le visiteur dans son interprétation.

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© Christophe Faso, Désir deluxe, acrylique sur papier, 2013

       Christophe Faso fait de l’humain le centre de sa création. L’homme le fascine et sa figure l’inspire. C’est au travers de créatures humaines que l’artiste dépeint la nature humaine. Tour à tour figuratives et abstraites, ses créations empruntent aux mouvements de l’après-guerre la puissance expressive des sujets traités. Par l’animalité de ses personnages et les formes abstraites employées pour représenter l’anatomie humaine, Christophe Faso tend à se rapprocher du peintre britannique Francis Bacon (1909-1992) dont l’œuvre marqua un tournant dans la production picturale de la deuxième moitié du XXe siècle. L’artiste emprunte au peintre moderniste son intérêt pour l’iconographie chrétienne en représentant des scènes clés de la Bible comme la Cène, la Pietà et la Vierge à l’enfant. Des thèmes abordés par Francis Bacon dès sa première exposition en 1934 et que Christophe Faso reprend à son compte en 2010 – 2012 pour la réalisation de sa série « Détour sacré ». Les deux artistes se rapprochent par leur volonté commune de représenter des figures anonymes, irréelles et éphémères, des êtres sans attaches qui expriment la violence du monde à laquelle ils sont confrontés.

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© Christophe Faso, French Cancan, technique mixte sur papier, 2015

          À priori difficiles à rattacher à une narration précise, les œuvres de Christophe Faso sont ancrées dans la vie contemporaine et abordent des sujets de société. Le motif récurrent des mendiants, puis celui des migrants dans des travaux plus récents, s’adaptent à la peinture de l’artiste : les figures  aux formes floues et sans contour deviennent les êtres de passage du monde actuel. Les œuvres des deux dernières années, desquelles on distingue avec peine une main, un œil, sont avalées par de larges espaces blancs, et témoignent de la fugacité de la vie. Dans l’œuvre French Cancan (2015), quelques traits esquissent une figure en jupe rouge, qui devient par exemple une tache sanguinolente, en référence aux attentats de janvier 2015.

          La production de Christophe Faso, comme il le précise lui-même, est en constante évolution et en perpétuelle recherche car le peintre varie son approche de la peinture en fonction des étapes de la vie qu’il traverse. À la naissance de son premier enfant en 2013, le peintre modifie sa palette chromatique et change de sujet iconographique en incluant au sein de ses toiles une figure féminine inspirée de la maternité. Ses œuvres se font alors moins chargées et offrent une importance croissante à la luminosité et à la plage vide. Empreinte d’une sobriété nouvelle, la récente production de Christophe Faso simplifie le trait et réduit l’œuvre à un geste, un regard, un détail ou un cadrage. Ces éléments attirent le spectateur et s’inscrivent dans un intérêt pour le graphisme, toujours présent chez l’artiste, qui a débuté sa carrière dans des agences de publicité.

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© Christophe Faso, Amis, nous venons en amis, technique mixte sur papier marouflé sur toile, 2016

       Bien que le geste du dessin semble plus naturellement venir à Christophe Faso, la peinture est également l’un de ses moyens d’expression. L’artiste manie à la fois le pinceau et le fusain, et partage son temps entre la création de toiles et de croquis. Ces deux arts nécessitent deux manières de travailler différentes : les toiles réclament un travail renouvelé et sur un temps plus long que les croquis, qui s’enchainent. L’artiste peut en effet peindre jusqu’à cinq dessins par semaine. Une création prolifique, qui se comprend du fait de la technique utilisée car le croquis ne nécessite pas de retouches. La peinture comme le dessin s’influencent respectivement et sans hiérarchie : de nombreux motifs iconographiques présents dans les croquis sont développés plus amplement dans les toiles. Au-delà de la simple transposition, le format des tableaux permet à l’artiste de porter en lumière l’un des thèmes abordés dans les dessins. La méthode de travail de l’artiste nécessite de revenir régulièrement sur certaines productions pour en ressortir un sujet porteur intégré à ses travaux en cours. En découle une production mouvante et évolutive sans rupture majeure, les motifs perdurant d’une série à l’autre.

          En parlant du métier de peintre en 2016, Christophe Faso nous dresse le portrait d’un artiste-entrepreneur, avant tout relié aux autres. Il explique l’importance de tisser une communication autour de son travail qui dépasse la création artistique. Les formes du discours et de la promotion sont donc nécessaires pour diffuser ses peintures et dessins, et font partie intégrante de son métier. La Maison des Artistes comme la Fondation Taylor sont pour lui l’occasion de présenter son art, de même que les galeries, vers lesquelles il n’hésite pas à aller afin d’échanger autour de sa production. Cette démarche de médiation lui réussit car l’artiste présente une très grande actualité : il participe à quatre évènements avant le mois de décembre, de l’Artcité à Fontenay-sous-Bois, où il expose jusqu’au 22 octobre, en passant par les Portes Ouvertes des ateliers d’artistes et la MAC Paris en novembre. Christophe Faso reconnait néanmoins être à la recherche d’une galerie fixe, spécialisée dans le dessin, qui puisse représenter son travail et lui laisser plus de temps pour se consacrer à la création. Le poncif de l’artiste solitaire et génial n’est décidément plus d’actualité : il a fait place à une figure connectée, résolument en phase avec notre société. En tant que « peintre de la vie moderne », Christophe Faso semble parvenir à équilibrer une création libre et personnelle avec la nécessaire connaissance du marché de l’art et de ses codes.

☛  Pour plus d’informations sur Christophe Faso
Un article rédigé par Mathilde Galinou & Chirine Hammouch
Une interview menée en collaboration avec Advizart

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