UN CAFE AVEC GUILLAUME GALLIENNE, ADELE EXARCHOPOULOS ET PIERRE GODEAU

© Joanne Creton / Le Contemporain

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Pour sa troisième réalisation, Eperdument, Pierre Godeau a choisi de traiter un fait divers ayant défrayé la chronique en 2011, celui de la relation amoureuse entre une détenue et le directeur de la prison. Adèle Exarchopoulos, Guillaume Gallienne et le réalisateur, Pierre Godeau sont venus présenter le film à Bordeaux, l’occasion pour nous de les rencontrer lors de la conférence de presse qu’ils ont donnée !

  • Votre film s’inspire d’un fait divers dont Florent Gonçalves lui-même, le directeur de la prison, a tiré un livre. Vous vous êtes cependant quelque peu éloigné des évènements originaux. Pourquoi ?

Pierre Godeau : Moi, ce qui m’a donné envie d’en faire un film, c’était l’histoire d’amour en prison… Mon envie est arrivée avant le livre, après avoir entendu une dépêche à la radio. Je n’y connaissais rien au monde carcéral et j’avais très envie de traiter d’une histoire d’amour, d’autant plus que celle-ci m’offrait un cadre particulier, celui de la prison, un dispositif très fort pour raconter cette histoire. J’avais beaucoup de matière scénaristique. L’amour impossible, le sujet de mon film me permettait d’en faire une histoire personnelle.

  • Vous ne dîtes jamais pourquoi Anna est en prison… Pourquoi ce choix ?

Pierre Godeau : Avec Adèle, nous avons visité des ateliers en prison. Nous nous sommes retrouvés toutes les semaines aux côtés de détenues sans savoir pourquoi elles étaient là et je me suis rendu compte que ce n’était pas ce qui importait. De plus, au début du film, Guillaume dit à Anna «je ne suis pas là pour vous juger, je suis là pour que ça se passe bien ici»… Je ne voulais pas que le spectateur soit dans le jugement car cela lui permet d’apprendre à découvrir le personnage d’Anna au fur et à mesure.

Adèle Exarchopoulos : Quoiqu’il arrive, la longue durée de sa peine est connue puisqu’elle est annoncée. Nous souhaitions nous écarter du fait divers et nous concentrer sur la relation entre les personnages. Un choix que juge intelligent car cela pousse le spectateur dans ses propres retranchements : A-t-on a le droit d’être aimé ? A-t-on le droit à une second chance ? Jusqu’où la rédemption peut-elle ?

  • De quelle manière avez-vous abordé le milieu carcéral ?

Pierre Godeau : Nous avons effectué un réel travail en prison, en se documentant, en rencontrant les détenues, cela nous a permis d’aller au-delà des clichés que nous avions. Nous n’avons pas travaillé avec des comédiennes professionnelles mais de réelles détenues afin de  ne pas être caricaturaux. 

Guillaume Gallienne : Je ne voulais pas jouer « copain-copain » avec ces filles comme j’aime le faire habituellement avec les équipes sur les tournages. Je voulais garder une certaine distance pour les aider à jouer face au rôle du directeur de prison. Ce qui était drôle, c’est qu’elles ont immédiatement repris des comportements, qui étaient, à mon avis, les leurs en détention, des regards pour fayoter ou des réflexes de séduction. Je restais impassible mais ça m’intéressait socialement alors que je n’étais pas là pour faire une étude !

  • Vous avez tourné à la Santé, c’est bien cela ? Quels sont les éléments qui vous ont marqué dans ces décors réels ?

Guillaume Gallienne : Je n’avais pas fait de stages en milieu carcéral comme Pierre et Adèle. Mais il y a quelque chose en effet de très particulier à tourner six semaines à la Santé. Nous croisions des détenues en semi-liberté le matin et le soir, c’était très impressionnant car les espaces sont assez identiques, les décors et les cellules sont identiques. La lumière est également toujours la même. On ne voit jamais le temps passer et on ne sait jamais l’heure qu’il est. Le son est également très marquant, je suis très sensible au son et tout y résonne, ce qui fait que toute personne présente dans une pièce est à prendre en compte puisque le moindre son qu’elle peut produire, peut être considéré comme un bruit, et non pas comme un son. La présence physique d’une personne dans un lieu est immédiatement remarquable par le son. Cela demande une grande concentration, une grande patience et un grand respect des autres car tout peut gêner.

Eperdument
Sortie le 2 mars 2016
Réalisé par Pierre Godeau
Avec Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos

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