Un café avec Layla D’Angelo

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Layla d’Angelo (© Naomi Rubin / Le Contemporain)

 

  • Pourriez-vous présenter votre exposition et le titre que vous avez choisi ?

J’ai nommé l’exposition d’après un inconnu que j’ai rencontré dans l’avion et avec lequel nous avons discuté. Je voulais un titre abstrait et implicite. Beaucoup d’artistes abstraits numérotent leurs œuvres, mais les miennes sont intitulées d’après des sujets dont nous avons parlé. Ce sont des noms très évocateurs et j’aime donner de vrais titres et non des numéros à mes travaux, ça les rend plus vivants.

  • On lie souvent votre travail à l’art cinétique, était-ce une inspiration pour vous ?

Non, à vrai dire, je ne connaissais pas très bien ce mouvement, je ne pensais ni ne regardais l’art cinétique lorsque j’ai commencé à travailler sur « Beautiful Strange Stranger ». Bien sûr, je voulais créer quelque chose de nouveau dans l’Histoire de l’art, mais aussi quelque chose d’accessible pour tous et pas seulement pour ceux qui ont étudié l’art. J’avais l’idée dans ma tête de faire ce genre de pièces, alors je les ai juste créées. J’ai conservé les deux matériaux avec lesquels je travaille toujours : le métal et le vernis, mais les pièces que je faisait étaient d’abord en couleurs. J’ai réalisé la série de « Beautiful Strange Stranger » en noir et blanc afin qu’elle soit d’avantage adaptée à l’espace de la galerie. Finalement, lorsqu’on a comparé mon travail à celui de l’art cinétique, j’ai regardé ce mouvement de plus près et j’ai beaucoup aimé ce que j’ai découvert. J’apprécie que mon travail y soit assimilé. Cependant, j’aime aussi le fait que ça n’ait pas été à l’origine une inspiration, de la sorte je n’ai pas été influencé ce qui rend les pièces plus authentiques.

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 « Rectangle lines », « Raya, raya, raya », « Triangle corner » © Naomi Rubin / Le Contemporain

  • L’utilisation du vernis à ongles est omniprésente dans votre travail, pouvez-vous nous en parler ?

Je suis obsédée par le vernis à ongles. Cela fait maintenant cinq ou six ans que je travaille avec. J’ai été fascinée par la diversité des gammes de couleurs. Je l’utilisais déjà pour peindre des œuvres figuratives comme des paysages. J’ai essayé de peindre cette série avec de la peinture à l’huile mais je n’aimais pas le résultat. Les motifs sont minuscules et il me fallait du vernis, la taille du pinceau étant toute petite. J’aime aussi l’effet visuel que le vernis a sur le métal.

  • Comment vous est venue l’idée des aimants ?

J’ai d’abord eu l’idée des pièces mais je ne savais pas comment les encadrer, les exposer ni les assembler. J’ai cherché, puis un jour l’un de mes amis galeristes a eu l’idée : des aimants ! C’était si évident et parfait ! Avant, je n’étais jamais complètement satisfaite par le résultat de mes mobiles, mais avec les aimants j’ai obtenu l’exact résultat que je cherchais.

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 « Square upon squares » © Naomi Rubin / Le Contemporain

  • Les aimants rendent les pièces changeables, était-ce ce que vous recherchiez ?

Oui exactement, là est tout le concept : faire des œuvres changeables, leur donner une existence. Je voulais des œuvres participatives qu’on pourrait toucher et changer. Mes premiers mobiles étaient très limités alors que je cherchais quelque chose d’abstrait et de variable. Je voulais faire des œuvres vivantes, et faire le spectateur interagir avec, briser la distance qu’il y a entre lui et l’oeuvre. Ici, le spectateur peut s’en approcher, le bouger, et créer quelque chose de nouveau. Ce sont des œuvres qui ne sont pas finies, elles possèdent un nombre infini de compositions, elles sont en constante possibilité de mouvements. D’un autre côté, comme je l’ai dit plus tôt, je voulais que tout le monde puisse interagir avec mon travail et ainsi, avoir une relation spéciale et personnelle avec lui. Ce n’est pas un art intellectuel, c’est un art émotionnel. Je suis toujours surprise de voir comment le spectateur peut changer les pièces, en particulier les enfants, ils ont toujours des idées de combinaisons inattendues auxquelles personne ne pensait.

  • Vous travailliez auparavant avec des Polaroïds. C’est très différent de ce que vous faites à présent, comment en êtes-vous arrivée aux mobiles abstraits ?

Pendant de nombreuses années, je me prenais en photo avec des Polaroïds, c’était un projet qui me tenait et encore aujourd’hui beaucoup à cœur. Je voulais me voir changer, vieillir alors j’ai pris une photo de moi chaque semaine pendant presque 30 ans. Je voulais garder mes humeurs, les bonnes comme les mauvaises. Et c’est drôle de voir aujourd’hui que tout le monde prend des selfies, c’était un mot qui n’existait pas mais le concept, si. Mon compte Instagram s’appelle « Layla d’Angelo, the original selfy artist ». C’était l’un de mes projets personnels qui m’était cher, mais il a fini par un peu m’ennuyer, je cherchais à m’exprimer autrement à travers quelque chose de complètement différent. C’était un vrai challenge pour moi car c’était nouveau, jusque là je ne faisais que de l’art figuratif. C’est un moyen d’expression neuf et je voulais quelque chose de beau et étrange à la fois. Bien sûr, je travaille toujours avec des Polaroïds et je me prend toujours en photo, je suis donc deux voix artistiques très différentes.

  • Pensez-vous pouvoir revenir à la figuration ?

Pas pour le moment, non. J’ai beaucoup à explorer avec les pièces abstraites : les possibilités sont infinies et je me sens d’avantage libre avec l’abstraction. Je n’ai pas d’image précise et définie des œuvres avant de les faire, le résultat est donc toujours plus ou moins inattendu, ce qui est aussi l’intérêt : la surprise. Cependant, cette série de « Beautiful Strange Stranger » est exactement ce que je recherchais, sans pour autant en avoir une idée fixe. Chaque mobile a sa propre forme, son propre esprit : le motif, la taille, la géométrie sont infinis. Par conséquent, il y a beaucoup à explorer ! Pour le moment, j’aimerais faire des pièces  comme celles-ci plus grandes, quelque chose dans lequel les yeux pourraient vraiment se perdre, des mobiles énormes.

Propos recueillis par Naomi Rubin
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