Un café avec Nadeah

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© Nadeah / DR J

          Nous avions découvert Nadeah il y a quelques années en première partie d’AaRON et elle était parvenue à retenir notre attention, chose assez rare pour une première partie. Nous l’avions retrouvée ensuite dans une petite salle en tant que tête d’affiche où elle nous avait littéralement bluffé de part sa voix et sa présence sur scène. L’australienne est de retour avec un nouvel album solo. Nous l’avons rencontrée à quelques jours de son concert à la Boule Noire à Paris, programmé le 29 octobre.

  • En me renseignant sur votre vie, je me suis rendue compte que vous aviez vécu beaucoup de choses. On a l’impression que vous avez eu plusieurs vies …

J’ai déjà fait partie de cinq groupes musicaux. J’ai fait de longs voyages, de longues pauses entre temps pour des raisons plus ou moins privées. J’ai écrit plusieurs livres assez riches. C’est vrai que j’ai vécu plein de choses que plusieurs personnes ne soupçonneraient jamais !

  • Nous vous avons découverte en première partie d’AaRON. Comment vit – on le fait de faire des premières parties quand on a été la tête d’affiche de concerts ?

Je préfère être en première partie parce que tu as un public qui n’attend rien légèrement méfiant, donc c’est un véritable challenge. Mais la pression n’est pas sur toi car les gens ne viennent pas pour toi. Après tu rencontres plein de gens quand tu vends les cds parce que personne ne te connait. Si je pouvais trouver une tournée pour faire première partie, je le ferai (rires).

  • Est-ce qu’il y a un artiste dont vous avez préféré faire la première partie ?

J’aimais bien avec Yodelice parce qu’il regarde un peu ce que l’on fait. Avec Charlie Winston aussi c’était bien. Il y a des gens avec qui tu tournes qui sont très stressés et là c’est moins drôle.

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© Nadeah / DR J

  • Sur scène, vous êtes très à l’aise, vous jouez avec le public. C’est quelque chose de naturel pour vous, vous êtes comme ça dans la vie ou la scène est un exutoire ?

Je me rappelle de ma première prestation sur scène, j’avais douze ans et j’étais un peu paralysée. Je chantais bien mais j’étais paralysée, j’ai gagné le concours mais mon père m’a dit « tu as bien chanté mais tu étais complètement raide ». Cette réflexion m’a marquée mais dans un mauvais sens. Ca m’a pris beaucoup d’années pour me lâcher sur scène. Ce métier m’a permis de traverser mes peurs, ma timidité et maintenant c’est l’endroit où je me sens le plus à l’aise. Je passe au-dessus de mes peurs maintenant. Sur scène, je n’aime pas les divisions donc je vais vers le public. Pour moi, à la base, la musique c’est une manière de créer une connexion tout comme tous les médiums artistiques. Ils permettent de communiquer et de trouver une authenticité.

  • Pour aller dans ce sens, préférez-vous privilégier les petites salles de concert ou pensez-vous que l’on peut avoir un réel échange avec le public dans les grandes salles ?

Le concert le plus important que j’ai fait en tête d’affiche c’était au Royal Albert Hall à Londres. Je me souviens avoir réussi à capter le public, c’était un concert filmé. Avec Nouvelle Vague, on a fait des salles de 2000/3000 personnes, c’était agréable. On peut ne pas capter son public de la même manière dans une petite et une grande salle. Ce n’est pas seulement la salle qui joue, c’est une ambiance qui doit se créer.

  • Justement, vous parliez de Nouvelle Vague, comment avez-vous vécu cette expérience ?

C’était très bien. J’avais mon propre projet en Angleterre en tant qu’indépendante donc je faisais tout, toute seule. Ce projet c’était une montagne pour moi. Je travaillais en même temps en tant qu’hôtesse d’accueil, c’était très stressant. Après ça, je ne pensais pas retourner sur scène, j’avais 27 ans, pour moi c’était fini dans ma tête. Nouvelle vague pour moi c’était une renaissance. J’ai pu utiliser toutes mes expériences précédentes, c’était facile parce que je faisais partie du projet sans devoir tout gérer.

  • Dans quel état d’esprit êtes- vous avant la sortie de votre album début 2016 ?

Je suis très contente que ça sorte enfin. J’ai eu une année difficile donc je suis heureuse que le projet arrive à son terme. Je sais que ce n’est pas vraiment un album fait pour la France. La France est plutôt à la recherche de l’électro. Il y a des chansons que j’hésite encore à mettre sur l’album, je sais qu’elles fonctionneront aux Etats-Unis mais pas en France. En tout cas, je suis vraiment très contente du clip que l’on a fait pour le premier single, Met a man. Il dénonce pas mal de choses comme l’obsession de l’apparence.

  • De quelle manière composez-vous ?

Pour le précédent album, j’avais écrit les paroles puis la musique. Maintenant, c’est tout ensemble. Je suis très influencée par ce qui se passe dans le monde, les contextes sociaux mais aussi par ce que je vis. 

  • Vous avez connu diverses expériences : solo, duo, groupe etc. Que préférez-vous ?

Je déteste être en solo. Je le fais comme une épreuve parce que je prends toute la pression, quand il y a une victoire on ne peut pas la partager. Pour ce nouvel album, j’aurai aimé être avec quelqu’un. Là, j’avais écrit les chansons, tout était prêt, je ne pouvais pas attendre.

Les indiscrétions du Contemporain

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© Le Contemporain / Joanne Creton

  • Vous avez beaucoup voyagé et vécu notamment en Australie, en France et en Angleterre. Avez-vous un pays préféré ?

En fait, j’aurai besoin d’inventer mon propre pays. En Australie, il y a une mentalité assez raciste. A Paris, il n’y a pas assez d’espace et les gens deviennent malpolis. Ils attendent un moment de conflit pour expulser leur colère. En Angleterre, il fait trop froid. J’adore l’Allemagne mais la langue est trop difficile. La Grèce il n’y a pas de travail, les Etats-Unis le système de santé est mauvais. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. (rires).

  • Votre dernier coup de cœur musical ?

Le dernier album de The Do est trop bien. Je l’ai écouté tout l’été.

  • Votre dernier coup de cœur sur scène ?

J’ai vu La femme sur scène et The Do. J’ai vu les deux en Australie en même temps.

  • Le dernier livre que vous avez lu ?

Musicophilia : La musique, le cerveau et nous de Olivier Sacks. C’est la même personne qui a écrit L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau.

  • Votre dernier coup de cœur au cinéma ?

Mustang, c’était pas mal mais vraiment mon dernier coup de cœur, c’est Gone girl.

  • La chanson que vous auriez aimée écrire ?

Il y en a tellement … The Sound of silence de Simon and Garfunkel, ça j’aurai vraiment aimé l’écrire.

Nadeah

En concert à la Boule Noire à Paris le 29 octobre 2015 

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