Une matinée à Comédie française

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 La Comédie Française – © Wikipedia

         Considérée comme l’une des périodes les plus fastes au niveau culturel, l’époque de Louis XIV est connue pour le mécénat de bon nombre d’écrivains et d’artistes, l’agrandissement du château de Versailles et la construction du château de Marly. Cette mise en valeur de la culture et du patrimoine français visait à asseoir l’hégémonie internationale d’un peuple longtemps considéré comme le fleuron de la littérature et des arts. La Comédie française – fondée en 1680 par le roi Soleil -, avait pour finalité la réunion de trois troupes rivales – celle du Marais, de l’hôtel de Bourgogne et du Palais-Royal dirigée par Molière – afin d’assurer à Louis XIV le contrôle de la vie théâtrale parisienne.

          A la suite d’une visite exceptionnelle organisée au cours d’une matinée par une structure étudiante, l’équipe du Contemporain s’est rendue à la Comédie française et bien des éléments lui furent alors dévoilés, des éléments que je tenterai à mon tour de vous révéler.

          La façade de la Comédie française ne peut être réduite au simple style architectural classique. Conçu par l’architecte italien Andrea Palladio (1508-1580), l’intérieur du bâtiment est représentatif du théâtre à l’italienne apparu au XVIe siècle. Le style se caractérisant par des pavements en marbre et une rigueur symétrique des ornements architecturaux. A l’époque de sa fondation, le théâtre était avant tout un lieu de représentation sociale, de rencontre et de paraître. Ainsi, lorsqu’un spectateur entrait par l’entrée principale, il était assure d’être vu et aperçu de toute part grâce aux nombreux espaces ouverts qui entourent l’escalier principal. 

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La Comédie Française – La salle du Public – © Camille Renault

          Ce rôle primordial de la représentation s’est longtemps retrouvé dans l’imaginaire littéraire. Dans le roman La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils ; Armand Duval rencontre pour la première fois sa bien-aimée, Marguerite Gautier au théâtre. Jusqu’à l’incendie de 1900, un étage entier faisait le tour de la salle Richelieu, et ce même au dessus de la scène, car l’important n’était pas tant d’assister à une pièce que d’être vu de tout le monde. 

          La conception de la Comédie par l’architecte Victor Louis (1731 – 1800) s’évertuait à mettre en valeur les styles dominants de cette époque, et plus particulièrement le style classique tourné vers les arts antiques. L’architecture, aussi bien intérieure qu’extérieure, est à la fois simple et monumentale engendrant l’idée d’une puissance silencieuse grâce à un style dépouillé et des effets de symétrie. Par ce mélange des styles – théâtre à l’italienne et façade antique – l’édifice est parvenu à intégrer et assimiler les divers courants artistiques de son époque. Cela est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui ; il suffit de mentionner les colonnes de Buren mises en place en 1986 par l’artiste français Daniel Buren dont l’œuvre  se veut foncièrement contemporaine et urbaine par un alliage d’asphalte et de caillebotis métallique.

17.Palais.Royal.Colonnes.de.Buren© brainmeta.com

         La Comédie reflète de nos jours l’idée de rayonnement à l’international. Elle est entourée d’édifices qui témoignent de la puissance culturelle et politique de la France : on y trouve le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel, le Ministère de la culture et de la communication, la Banque de France, sans oublier le musée du Louvre et l’Opéra Garnier situés à proximité du théâtre. Splendeur, raffinement et assimilation sont donc les principales impressions qui se dégagent de cette architecture. Pour aller plus loin, nous pourrions même affirmer que ces termes s’appliquent au fonctionnement même de la Comédie car rien ne permet de mieux définir le théâtre que le symbole qui lui est associé : la ruche, une idée de créativité, de dynamisme et de renouvellement. La Comédie française n’est pas un simple lieu de représentation théâtrale, elle est un édifice dans lequel toutes sortes de professions se côtoient, allant des maquilleurs aux comédiens, des monteurs aux régisseurs … C’est environs cent trente métiers qui officient à la Comédie. Les pensionnaires, engagés par l’administrateur général, peuvent au bout d’une année d’exercice devenir sociétaires ou au contraire décider de quitter la Comédie ; récemment, le pensionnaire Pierre Niney a par exemple décidé de se retirer sans devenir sociétaire, malgré qu’il fut membre de la Comédie pendant plus de quatre années. Dynamisme et renouvellement donc.

          De par son fonctionnement même, le théâtre nécessite cet incessant aller et retour entre toutes les professions. Chaque soir, une pièce différente est jouée. Cette alternance, unique en France, implique des changements de décors, de costumes et de maquillages d’un jour à l’autre. A peine une pièce est-elle jouée que les techniciens entrent en scène pour enlever les décors posés pour la pièce jouée au soir afin de mettre en place ceux de la pièce qui va être répétée le matin, décors qui à nouveau vont rapidement devoir faire place à la nouvelle pièce ensuite jouée le soir. A ce titre, il faut noter que chaque artiste a sa proprehabilleuse afin de faciliter et rendre plus rapides les changements de costumes d’une scène ou d’un acte à l’autre. Des cours de chant, de danse, de piano sont donnés aux comédiens afin de leur permettre de rentrer au mieux dans leur rôle. 

          Enfin, l’un des intérêts majeurs de cet édifice est qu’il témoigne, de par ses œuvres et objets, de l’histoire théâtrale et sociale française. Un certain nombre de tableaux présents au sein de l’édifice, dans des couloirs et salles réservées au personnel et comédiens, démontrent que pendant longtemps le genre tragique était le seul considéré comme noble. Ainsi, si Molière est aujourd’hui vénéré pour ses diverses comédies, l’un de ses portraits le présente en habit de tragédien comme le fut également la comédienne Rachel Félix (1821 – 1858) peint par Jean – Léon Gérôme.

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Molière (1622 – 1673)

          Quatre auteurs sont considérés comme les piliers de la Comédie : Racine (1639 – 1699), Corneille (1606 – 1684), Molière et Voltaire (1694 – 1778). Ce dernier fut de son temps l’un des dramaturges classiques les plus reconnus – pensons entre autres à sa tragédie Zaïre et à sa comédie Le Café. Un grand nombre de leurs portraits et sculptures est présent au sein de l’édifice. La mort de Molière, tragiquement ironique, est d’ailleurs révélatrice de la situation qu’avaient alors les comédiens dans la société. Après avoir poussé son dernier souffle lors de la représentation de sa pièce Le Malade imaginaire, il lui fut interdit d’être enterré religieusement. Les comédiens étaient en effet excommuniés et n’étaient plus considérés comme Chrétiens. Après moult réclamations et protestations, des funérailles religieuses lui furent finalement été accordées, mais en pleine nuit, afin d’éviter quelconques célébrations. Cette anecdote laisse à voir le statut précaire qu’avaient alors les comédiens qui en société n’étaient pas reconnus et exclus.

          De par ses différents styles et sa capacité d’intégration et d’assimilation, la Comédie française est donc aujourd’hui le principal lieu de la vie théâtrale parisienne si ce n’est française ; des pièces aussi bien classiques que contemporaines y sont représentées. Dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo affirme que l’architecture est un véritable livre ouvert.

« Et pourquoi ? C’est que toute pensée, soit religieuse, soit philosophique, est intéressée à se perpétuer ; c’est que l’idée qui a remué une génération veut en remuer d’autres, et laisser trace. Or, quelle immortalité précaire que celle du manuscrit. Qu’un édifice est un livre bien autrement solide, durable, et résistant ! » Livre cinquième, chapitre II

          La Comédie française parle, témoigne de la grandeur du théâtre français, de ses auteurs et de leur influence sur les œuvres contemporaines, nous citerons entre autres Crébillon père, Shakespeare, Molière, Racine, Voltaire, Brecht, Ionesco … 

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